Séries : les LGBT n’ont pas à jouer les LGBT

Imaginons rejeter un personnage hétérosexuel d’une série car son orientation sexuelle n’apporte à rien à celle-ci. Illusoire, stupide, inutile. Et pourtant, que l’intrigue des personnages LGBT soient conditionnées par leur orientation sexuelle est le vœu d’une partie des spectateurs dont pour la plupart, un arrière-goût d’homophobie se fait suggérer. Explications.



Netflix rectifie

Tout commence par un tweet de @AdamSB__ qui dénonce l’incorporation de « personnages gays non nécessaires » dans chaque nouvelle série par Netflix. Tweet très populaire traduisant une foule de personnages qui conditionnent l’entrée dans une oeuvre d’un personne gay (élargissons à LGBT) à un rôle actif en rapport avec son orientation sexuelle. Vous imaginez si on demandait la même chose aux personnages hétérosexuels. Netflix répondant que chaque gay est nécessaire rassemble davantage de soutien. Mais s’ensuit une foule de commentaires qui, après analyse, nous permettent de mieux comprendre ce que pensent le public.



Joue le gay si t’es gay



Penchons-nous davantage sur leurs avis. Prenons d’abord le premier tweet, celui anglophone. Il élargit à la communauté LGBT et ordonne la création d’un personnage LGBT à condition d’avoir une bonne et une solide histoire derrière. Sous-entendue, quelque chose à nous raconter sur son orientation sexuelle. Le deuxième tweet, de @jrdaryl7 indique la même chose : pourquoi créer des gays s’ils ne jouent pas les gays ? Le troisième fil de discussion tranche direct à l’intérêt que représente de mettre un gay dans une série. @espadasnumber4 a raison quand il dit qu’un personnage qui n’a pas d’intrigue est naze peu importe son orientation sexuelle, mais tort quand il affirme qu’aucun personnage gay dans les séries Netflix est intéressant : les goûts et les couleurs. Ce qui plus est probant, c’est son élargissement à la communauté des « minorités ». Sa dernière partie du message résume bien la pensée générale : si vous ajoutez un gay, un noir, un albinos dans une série, son histoire doit avoir un rapport avec ce qu’il est. Sauf pour les hétéros blancs bien entendu.

Liberté artistique et homophobie

Hormis le fait que faire la loi sur la création artistique est une volonté de censure et une entrave à la liberté, cette pensée sous-entend une homophobie. Comprenons-nous, je ne suis pas du genre à pointer ce mot sur tout et n’importe quoi, il est bien entendu mesuré. Pourquoi pour créer un personnage gay faudrait-il forcément lui attribuer une intrigue en rapport avec son orientation sexuelle ? Personne ne fait ça avec chaque hétéro. Pourquoi il n’y a que, bizarrement, les personnages gays/LGBT/minorités qui soient remis en cause dans les séries ? Parce que souvent ça sent l’homophobie. Toute personne qui s’en fouterait ne se poserait aucune question. Et ne feraient donc pas ce genre de commentaire qui traduisent une gêne évidente de voir un personnage gay dans une série.

D’ailleurs, le dégoût pour une chose donne souvent la sensation de le voir partout. On ne compte plus les commentaires qui affirment que 99% des séries Netflix a un personnage gay. Ce chiffre factuellement faux est d’autant plus stupide parce que la proportion en terme d’acteurs doit être au moins du 1 gay pour 50 hétéros. Mais le fait de voir un seul gay dans une série suffit à certains pour insulter les producteurs.

Le traitement des persos gays

Quant au traitement des personnages gays, qui est la critique la plus intelligente où peut se poser le débat – car le reste est de l’homophobie – revenons-y. Le premier point est qu’il est d’abord difficile de se mettre dans la peau d’une catégorie de personne dans laquelle nous ne sommes pas. C’est tout aussi vrai qu’un hétéro pour un gay, un gay pour un hétéro, un noir pour un blanc et vice-versa. Donc croire déjà ce qui est le mieux pour un personnage vous met la plupart du temps sur la touche. Mais ceux qui sont instruits et intelligents peuvent effectivement critiquer un minimum le traitement de personnages. Il est évident que si le personnage est rempli de clichés et que cela n’a aucun objectif, par exemple celui de les traiter ou de les dénoncer, c’est en effet un mauvais traitement. Pour autant, ça ne veut pas dire que le gay/LGBT/minorité doit forcément avoir un bon traitement, une histoire en rapport avec son orientation sexuelle. Il peut être un personnage d’enfoiré et gay, personne ne criera à l’homophobie. Il peut être rapidement traité, comme Curtis dans Arrow, cela va tout aussi bien. Son orientation sexuelle peut être juste mentionnée, pas pour autant obligé d’avoir une histoire avec ça. C’est le cas de Ned Dorneget dans NCIS, agent naïf, qui a laissé fuir une espionne russe, accusé par McGee de s’être laissé charmé par elle, lui avoue qu’il est gay. Après cela, il n’en est plus mention. Ou alors la série peut être totalement tournée ou beaucoup sur l’orientation sexuelle, souvent le cas pour les séries à but partiellement éducatif comme Sex Education. Ou alors peut avoir un personnage gay dont l’intrigue est exploitée mais pas exclusive, comme le Capitaine Holt dans Brooklyn-99.

Un effet de mode ?

Mais cela fait quoi fait de voir un gay dans une série ? Ce sont des gens normaux, dont la seule différence est de préférer sentimentalement et charnellement l’autre sexe. Mis à part cela, rien. Rien qui ne justifie un traitement différent. Rien qui ne justifie la création ou pas d’un personnage gay. Ce n’est pas un effet de mode non plus. Un personnage gay dans une série ne polarise pas les gays. Sauf si la série est centrée sur l’homosexualité. Oui, bien sûr que le créateur, le studio, le diffuseur auront une meilleure image. Mais c’est normal et ce n’est pas un effet de mode. Les gays et toutes les autres minorités existent dans la vie réelle, ils ont autant le droit à l’écran et à la vie fictive que les autres. Ils sont juste présents aujourd’hui et l’impression du grand nombre et de l’effet de mode est lié à la surmédiatisation de leur apparition dans les séries car ils ont été jusque-là invisibilisés. Et au lieu de penser à l’effet de mode, ne pensez-vous pas que, juste, simplement, le créateur avait envie de faire un personnage gay ? Il faut arrêter de laisser la case « hétérosexualité » par défaut et de croire que si l’on coche « homosexualité », on doit s’en justifier. Les créateurs n’ont pas à justifier qu’un personnage soit hétérosexuel, pourquoi devraient-ils le faire pour un homosexuel ? Ils ont pourtant les mêmes droits. Vous n’êtes pas la police.

Amicalement, Les chroniques de Jérémy Daflon.

6 commentaires sur “Séries : les LGBT n’ont pas à jouer les LGBT

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  1. Moi, je remarque – et pas que pour les LGBT, pour toutes les minorités – que les films et les séries en mettent pour en mettre et différencient bien ces personnages-là des autres (les hétéros blancs), en justifiant leur présence par des gros clichés. Mais dans certains cas, certes les personnages peuvent être typés, mais on s’identifie à eux car leur histoire et leur personnalité ne sont pas forcément rattachés à leurs origines. Si c’est pour avoir un quota de minorités juste pour cocher une case et se dire qu’on est tolérants, pour moi c’est inutile. Moi, je veux des personnages auxquels je puisse m’attacher et m’identifier, ni plus ni moins.

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    1. Je n’ai jamais vu une série qui met un LGBT en tant que quota. Comme je le disais, les scénaristes ont le choix. Soit ils mettent un LGBT et développent une problématique autour de cela, et dans ce cas on peut effectivement, ou pas, s’y rattacher et s’identifier. Soit, ils ont le droit de mettre des LGBT même s’ils ne développent pas une histoire autour de cela. Je ne vois pas pourquoi ce serait interdit et perçu comme un quota le fait de mettre un personnage qui dit juste qu’il est gay, puis point barre, n’en parle plus. Et je ne vois pas qui ça pourrait déranger. C’est bien ça dans la vraie vie.

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      1. Je ne dis pas que c’est interdit, juste que ça sent qu’ils se forcent « parce qu’il faut en mettre ». Peut-être pas forcément dans les séries, mais dans certains films oui. Mais oui, ils ont le droit d’en mettre s’ils le veulent. Il faut juste que ça apporte quelque chose à l’histoire.

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      2. Vous avez des exemples à me donner ?
        Et ceci dit, comme je le disais, ce n’est pas une obligation que cela apporte quelque chose à l’histoire. Pour les hétérosexuels, c’est la même chose. Ça fait partie de l’identité du personnage. On voit beaucoup de personnages hétérosexuels dont on connaît l’orientation sexuelle et pour qui il n’y a pourtant aucun rapport avec l’histoire.

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      3. Côté films, « La Belle et la Bête » (version 2017).
        Côté séries, « The Perfectionists ».
        Dans les deux cas, ça n’apporte rien de concret selon moi. Ça ne veut pas dire que c’est déplaisant, mais que ça reviendrait du pareil au même si les personnages étaient hétéros.
        Au contraire, dans « 13 Reasons Why » ou « Why Women Kill », je trouve que ça apporte vraiment quelque chose, car ça fait partie de l’histoire.

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      4. Merci pour les exemples, je regarderais !
        Bah oui, mais du coup, si c’est fait pour les hétéros et que personne ne s’en plaint, pourquoi les gens s’en plaignent quand ce sont des homos ? Finalement, il ne devrait même pas y avoir de débat. Les détracteurs des LGBT parlent à mauvais titre de « propagande ». Alors que s’il devait y avoir une seule propagande qui existe dans cette affaire, ce serait la propagande hétérosexuelle, bien plus forte et nombreuse. Cependant, il n’y a aucune propagande d’un côté ou de l’autre. Les deux orientations sexuelles étant naturelles, ce n’est tout simplement qu’une retranscription de la réalité dans une oeuvre de fiction. En outre, les gens se disent noyés par cela. Ce qui est factuellement faux. Si la sensation que les personnages LGBT sont de plus en nombreux est réelle, il faut revenir dans le passé. Dans le passé, il n’y a presque aucun personnage LGBT, la problématique n’est absolument pas posée. Donc vu qu’aujourd’hui, on apprends aux gens que c’est tout à fait normal, la représentation dans les œuvres démarrent. Là où il n’y en avait pas, il y en a maintenant. D’où cette impression d’être noyée alors que ce n’est que de la découverte. À cela j’ajoute que ce soucis de la représentativité fait parler la presse. C’est-à-dire que dès qu’une personne LGBT dans la vie réelle fait quelque chose de nouveau ou d’extraordinaire, ou qu’un personnage de fiction LGBT fait la même chose, c’est tout de suite médiatisé. Et comme les médias sont nombreux et se répètent, ça fait une certaine densité qui rajoute à cette sensation de noyade. Mais factuellement, on n’est juste dans une période où on ajoute ce qui aurait dû être fait depuis le départ, des personnages LGBT pour donner ce côté réaliste et pragmatique sur lequel s’appuie les œuvres.

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