La voix du peuple doit-elle compter ?

Dans son livre, Antoine Houlou Garcia étudie l’idée reçue selon laquelle tout le monde ne devrait pas avoir le droit de voter. Afin de la mettre en perspective, le théoricien politique utilise l’histoire. Il explique que la voix du peuple a connu depuis l’Antiquité un long déclin avant qu’elle ne revienne de manière progressive au XIXe siècle. C’est en la diffusant et en faisant un mode de vie que peut-être, une politisation de la société resurgira.


  1. Cadrage du livre La politique
  2. Le long déclin de la voix du peuple
  3. Une lente reconquête de la voix du peuple
  4. La politique doit être un mode de vie

Cadrage du livre La politique

Dans son manuel, le théoricien politique Antoine Houlou-Garcia propose à partir d’idées reçues de discuter sans imposer sa vision de notre politique. Utilisant l’histoire comme proposition d’autres alternatives ou comme base de réflexion, il nous permet de prendre du recul sur notre modèle de vie politique en comprenant ce qui se faisait par le passé ou à l’étranger. Accessible de préférence dès les études supérieures et pour ceux qui ont une bonne base en culture politique.


Lecture conseillée et source :
_ Antoine Houlou Garcia, La politique, éd. Albin Michel, 2022. Chapitre 2, p. 49-79.
Aucune analyse ne m’appartient dans ce billet, le résumé ne relate que les idées de l’auteur retranscrites par mes soins.


Le long déclin de la voix du peuple

La démocratie athénienne est sans doute la figure archétypale où la voix du peuple était un mode de vie. Pourtant, c’est dès l’Antiquité selon Antoine Houlou Garcia que l’on retrouve les débuts d’un discours qui empreint toujours nos sociétés actuelles : celui d’une masse qui par son nombre et/ou son incompétence ne devrait pas tous avoir le droit de vote/participer aux décisions politiques. L’auteur commence par le récit de Thersite, un « bouffon » qui s’opposa à Agamemnon lorsque les Achéens se questionnaient sur la poursuite ou non de la guerre de Troie. Faible et incompétent, les Achéens refusèrent de l’écouter, préférant la parole des sages. Du temps de la République romaine, Cicéron évoqua l’analogique d’un navire et de son gouvernail : pour le guider, il faut impérativement quelqu’un de compétent, si on laisse n’importe qui aux commandes, il est de grandes chances que la navire chavire. À l’époque moderne, les rois dans le processus de l’absolutisme laissèrent tomber en déshérence la voix du peuple, ainsi les États généraux où des gens de trois ordres se représentaient devant le roi ne furent plus convoqués dès Louis XIII en 1614, dernière date des États généraux avant ceux de la crise de 1789. Même Lénine dans Que faire ? estimait que la révolution du peuple devait provenir des intellectuels-bourgeois puisque eux-seuls étaient à même de prendre les bonnes décisions. Ce discours n’est pas évidemment pas unique, toutefois ce long cheminement historique est un discours qui a perduré s’appuyant sur le fondement que la masse qui constituait le peuple était beaucoup trop non-instruite pour se gouverner elle-même. C’est dès le XIXe siècle que pourtant, la voix du peuple reprit du pouvoir.

Une lente reconquête de la voix du peuple

Avant Lénine, Marx pensait la révolution prolétarienne par et pour elle, selon Marx, la révolution provenait du peuple ouvrier et c’était lui-même qui allait se constituer en gouvernement. Dans les faits et le sillage des modèles libéraux et des démocraties naissantes, davantage de voix fut donnée au peuple à travers les différents suffrages. Néanmoins, ceux-ci étaient limités et se sont progressivement élargis à l’ensemble de ce dernier. Le suffrage universel masculin et censitaire était par exemple un droit de vote uniquement pour les hommes basés sur un critère de richesses [et n’oublions pas que dans les premiers processus électoraux, les bourgeois et (ex)-nobles beaucoup plus habitués à la politique avaient une forte influence sur les néo-votants]. On rappelle que le droit des votes des femmes en France ne fut octroyé qu’en 1944.

La politique doit être un mode de vie

Aujourd’hui, les démocraties occidentales deviennent malades : l’abstention galopante en France et la défiance politique en sont des démonstrations certaines. Il faut dire que si la voix du peuple compte davantage aujourd’hui qu’à l’époque moderne, les simples et rares moments où le peuple se gouverne lui-même à travers les élections font de notre démocratie contemporaine quelque chose d’invraisemblable à la démocratie athénienne. Ainsi, Antoine Houlou-Garcia revient sur l’impulsion donnée par Clisthène à Athènes lors de ses réformes en -509 et les débuts de la démocratie. En réformant la Cité et son territoire, il a fournit à la cité grecque des dèmes et des tribus (les équivalents de quartiers et de groupes) où régnaient une mixité sociale, culturelle, économique et intellectuelle qui permettaient à chacun de se mélanger, de comprendre, de débattre avec les autres. Plus tard, la démocratie s’amplifie et le citoyen participera bien plus souvent à la vie politique, en acte mais aussi dans l’écoute et le suivi, là où aujourd’hui dans nos démocraties occidentales, beaucoup en suivent très peu le fonctionnement sauf à l’occasion des grands moments ou politiques. Peut-être est-ce ainsi à cause du manque de participation ? Dans les années 1930, la démocratie était beaucoup moins vive et les totalitarismes commençaient à l’emporter. Le politologue et psychologue John Dewey appelait en 1939 de faire de la démocratie un mode de vie, sans doute comme à l’athénienne. Sans doute est-ce là un moyen de repolitiser la société, redonner confiance en la vie politique, de faire renaître la démocratie et de faire vivre le bien commun plutôt que l’individualisme, il faudrait par conséquent multiplier les actes où le peuple intervient dans les décisions politiques.

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