Comprendre aisément les débats politiques contemporains sur l’immigration avec Yuval Noah Harari (lycée et plus)

Au fil de ma lecture du livre 21 leçons pour le XXIe siècle (éd. Albin Michel) de Yuval Noah Harari, un chapitre sur l’immigration retient mon attention. Si celui-ci ne m’apprends pas grand chose sur ce que je sais déjà, il me parait judicieux de vous en parler puisque c’est sans doute selon moi une excellente portée d’entrée pour les lycéens et les premières années en études supérieures pour comprendre tous les discours politiques entre immigrationnistes et anti-immigrationnistes autour de la question de l’immigration en Europe.


Cadrage du livre

Dans son livre 21 leçons pour le XXIe siècle, l’historien Yuval Noah Harari, déjà connu pour ses livres Sapiens et Homo deus, nous livre un portrait sur les défis auxquels est et sera confrontée l’humanité durant notre siècle. Pas question d’imposer un quelconque avis ici, mais seulement de présenter quelques portes de réflexion bien que toute l’idée derrière son écrit est de nous dire que l’humanité est connectée et plus ressemblante que différente, et qu’elle a besoin de cette solidarité pour se confronter aux enjeux de demain.


Vous pouvez lire ce chapitre sur l’immigration dans 21 leçons pour le XXIe siècle de Yuval Noah Harari, chapitre 9 « Immigration ». p. 157-173. Idéal à lire pour se forger une culture politique autour de la question de l’immigration ou du nationalisme.

Un chapitre sur l’immigration

Un des défis mondiaux d’aujourd’hui et de demain est l’immigration. Yuval Noah Harari en produit tout un chapitre. S’il n’a pas une approche géographique, il en fait de la théorie politique très accessible en confrontant les grands arguments des immigrationnistes et des anti-immigrationnistes autour de quatre débats qu’il distingue. Au sein de chaque débat, les arguments d’un camp et de l’autre sont proposés en toute objectivité.

Le premier est la question du droit ou devoir à l’accueil, les deux camps s’affrontant autour de la notion de tolérance, si elle est davantage un devoir, une valeur universelle ou une décision personnelle. Cela dans le contexte où on se demande véritablement si l’on peut empêcher quelqu’un de migrer malgré les murs ? Peut-on trier ceux que l’on choisit, et si c’est le cas, comment et qui ?

Le deuxième débat est celui de l’assimilation, plus explicitement les uns ayant des attentes beaucoup moins fortes à ce sujet que les autres. Les arguments de chaque camp sont déclinés : des freins à l’assimilation aux problèmes causés par le manque d’assimilation. C’est aussi la définition même de l’assimilation qui est posée : jusqu’où une population doit abandonner un mode de vie, une vision du monde, des moeurs, des valeurs et jusqu’où elle doit les adopter ? Peut-on exiger autant dans une Europe où la diversité est aussi forte et où la tolérance est de mise ? Tolérance pour les immigrés, tolérance des immigrés…

Le troisième débat est celui de l’intégration, d’à partir de quand, le « eux » deviennent « nous » ? À partir de quand les immigrés et/ou leurs descendants sont égaux au « nous » et peuvent-ils en vérité l’être ? La « période d’essai » est plus ou moins longue selon le camp. D’autant plus qu’il y a une forte différence entre le calendrier personnel (son attente à soi) et le calendrier collectif (le véritable temps que met un pays à intégrer une population, ou d’une population à intégrer un pays)

Le quatrième débat ne peut avoir une réponse uniquement si les trois premiers en ont trouvé une (ce qui n’est pas le cas) et porte sur le fonctionnement du système actuel. Est-ce que finalement ce sont les populations immigrées qui ne sont pas à la hauteur des attentes (et desquelles ?) ou serait-ce le système actuel ? À l’heure où les débats sont encore vifs, les solutions sont loin d’être trouvées, encore moins pour un consensus.

De la race au culturisme : préjuger de l’autre

La deuxième partie du chapitre sur l’immigration porte sur la question ou non d’un racisme chez les anti-immigrationistes. Clairement, Yuval Noah Harari expose comme à son habitude les jalons d’une histoire longue. D’un racisme génétique développé au XIXe siècle portant sur l’idée de races supérieures décernée par la biologie, aujourd’hui les différences décrites ne sont plus de l’ordre de l’ADN mais relève du « culturisme ». Tel groupe humain a telle culture qui selon des valeurs totalement subjectives sont plus ou moins bonnes. Ce culturisme est néanmoins encore très lié au corps (à la couleur de peau par exemple) mais l’explication fournie pour exprimer les différences (autour des moeurs sexuelles, des valeurs, du mode de vie) ne s’expliquent plus par la génétique mais par la culture en utilisant le domaine sociologique.

Néanmoins, si les culturistes peuvent avoir raison sur certains sujets, ils expriment trois erreurs récurrentes. Effectivement, ils confondent la supériorité locale et la supérieure objective : une culture peut mieux fonctionner/s’insérer dans un contexte, un cadre, un lieu précis mais cela n’est pas nécessairement le cas partout et loin d’être objectivement une culture qu’on peut exprimer de « meilleure ». À ce sujet, Harari donne un exemple totalement inventé entre le peuple des Glaçons, discrets, et le peuple des Chaudlandais, au « sang chaud » et impulsifs en imaginant l’un et l’autre tentant de s’intégrer à l’autre peuple et dont le comportement est évidemment un frein puisque opposé et différent du peuple dans lequel il tente de s’intégrer. Si un Chaudlandais majoritairement fonctionnera mieux dans une entreprise de Chaudlandais qu’un glaçon, ce n’est pas une règle absolue et objectivement, sa culture n’est pas meilleure. La deuxième erreur récurrente sont justement les généralités exprimées par les culturistes. Le manque de précision dans les dires dont l’objectif sont justement de condamner sans discernement une certaine culture qui subjectivement ne leur plait pas. Enfin, la troisième erreur récurrente est l’alimentation en préjugés. C’est-à-dire imaginer que par une telle culture, l’individu aura forcément ces mœurs, ces valeurs, ce mode de vie. Cette notion de culturisme est extrêmement intéressante car elle permet d’étudier les différences culturelles entre les différents peuples qui existent, là où la biologie a démontré que la différence génétique entre les différentes civilisations humaines est largement infime. Néanmoins, la mauvaise utilisation du culturisme que sont les trois erreurs citées au-dessus fabrique des discours généraux et à la limite du racisme, si ce n’est racistes, et développent un certain nationalisme.

Chapitre idéal pour comprendre les enjeux politiques liés à l’immigration, du lycée aux études supérieures. Très clair et accessible. Idéal à lire pour se forger une culture politique autour de la question de l’immigration ou du nationalisme. Vous pouvez lire ce chapitre sur l’immigration dans 21 leçons pour le XXIe siècle de Yuval Noah Harari, chapitre 9 « Immigration ». p. 157-173.

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