Kaamelott (Livre I) : du petit au grand écran

Extrêmement attendu, le Livre I de Kaamelott d’Alexandre Astier est enfin paru au grand écran malgré le coronavirus et le pass sanitaire. Les critiques divergent entre folie et déception. Je vous présente la mienne, celle de quelqu’un qui connait bien la série diffusée sur M6 et qui l’adore.



Kaamelott : Livre I


Réalisateur : Alexandre Astier

Scénariste : Alexandre Astier

Producteur : Alexandre Astier

Acteurs : Alexandre Astier, Anne Girouard, Franck Pitiot, Jean-Christophe Hembert, Lionel Astier, Joëlle Sevilla, Nicolas Gabion, Jacques Chambon, Thomas Cousseau, Alain Chabat, Géraldine Nakache, François Rollin

Genre : Comédie, Aventure, Historique

Nationalité : Français

Sortie : 21 juin 2021

Durée : 2h00

Résumé : Le tyrannique Lancelot-du-Lac et ses mercenaires saxons font régner la terreur sur le royaume de Logres. Les Dieux, insultés par cette cruelle dictature, provoquent le retour d’Arthur Pendragon et l’avènement de la résistance. Arthur parviendra-t-il à fédérer les clans rebelles, renverser son rival, reprendre Kaamelott et restaurer la paix sur l’île de Bretagne ?

Note : 3 sur 5.

De la bande-annonce à l’après-visionnage de Kaamelott

En renvoyant la bande-annonce de Kaamelott, on se dit tout de même que c’est un très bon boulot de découpage, de rythme et de montage. Tous les éléments importants y sont présents et l’ambiance dramatique-humour qu’on retrouvait dans la série est surexposée. Une bonne tromperie en soi, car ces scènes dans le film se situent dans un contexte beaucoup moins rythmé en réalité. De ce point de vue là, la bande-annonce fut peut-être bien trop bonne et excitante vis-à-vis d’un film un peu plus mou.

Entre le drame et l’humour

Chacun sait que Kaamelott se divise en deux registres : les premières saisons sont celles de l’humour, les dernières sont celles de la légende dramatique. Le film a tenté de combiner les deux et le mélange est quelques fois étrange. L’humour s’est beaucoup trop appuyé sur les références de la série. Plus que de nouvelles blagues, on subit ici une nostalgie forcée, des références pour des références. Personnellement, j’aime à revoir les épisodes et les mêmes blagues ne me dérangent pas, mais j’attendais du film de la nouveauté.

D’autant plus que l’humour ici se mêle relativement mal au ton dramatique. L’impression qu’Alexandre Astier a saupoudré de quelques blagues autour d’une histoire dont l’ambiance n’est pas du tout à la rigolade : une tête mise à prix, un royaume dirigé par un tyran et une résistance dont même les enfants seraient pendus. Difficile contexte pour blaguer… Le trait comique semble forcé, à l’image de ces marchands d’esclave dans le désert autour du feu et dont le chef leur intime : « il y aurait moyen de réduire la voilure sur la connerie ». Sur la bande-annonce, ces quelques mots sont déjà une pépite et on s’attends à ce que cette réplique soit employée après un film qui a enchaîné les dites « conneries ». Sauf qu’en réalité, cette réplique arrive comme un cheveu sur la soupe, après des propos qui ne m’ont pas laissé décrocher un sourire.



Entre intelligence et précipitation

Arthur revient de force vers le nord. Absolument pas décidé à braver les obstacles et à se faire pardonner des dieux, une fois libéré par le duc d’Aquitaine, il souhaite vite se carrer ailleurs. Plus de dix ans qu’Arthur a fait ce choix, et tout à coup il voudrait combattre le pouvoir tyrannique de Lancelot. « Tout à coup » ou pas. Dans Kaamelott, Alexandre Astier a eu une intelligence d’écriture très implicite. Plusieurs scènes qui ont poussé Arthur à faire volte-face et combattre Lancelot m’ont marquées et tourne autour d’un mot : la Justice. D’abord, la scène où Arthur apprends que des enfants sont tués : pendant que le duc d’Aquitaine avance, Arthur s’arrête et réfléchit. On sait qu’il est énormément attaché à la jeunesse et à la protection des innocents, or l’enfant au Moyen Âge est l’innocent par excellence. Ensuite, c’est la scène où le duc d’Aquitaine raconte la rumeur comme quoi, ce serait Arthur lui-même qui aurait donné à Lancelot tous les pouvoirs et la forteresse de Kaamelott. Ici, Arthur est mis face à ses propres responsabilités, c’est d’autant plus fort quand nous savons nous en tant que spectateurs que c’est la vérité. Enfin, la scène de la Table avec Bohort et ses compagnons qui espèrent avec foi continuer la quête du Graal : là où la foi et le travail priment davantage sur la richesse de la Table et sont un facteur de cohésion intergénérationnelle. Ces scènes poussent Arthur à aller combattre Lancelot et son côté implicite est très intéressant, mais peut-être que pour combler plus de dix ans d’aveuglement, une scène véritablement « choc » aurait été bien.

Si l’écriture a fait preuve d’intelligence, on remarque beaucoup de précipitations dans le film. Là où j’étais extrêmement déçu, c’est de ne pas avoir eu de scène retour-rencontre entre Arthur et Léodagan : c’est directement au sein d’un repas collégial où Léodagan, devenu invraisemblablement un homme changé qui prend soin des gosses, fête le retour d’Arthur. Comme s’il s’était passé dix mois d’absence, plutôt qu’une décennie sans nouvelles, au point que tous le croyaient mort. Cette précipitation se remarque aussi avec la dame du Lac qui vient frapper Arthur : sans que la foule autour ne réagisse et comme si les deux s’étaient vus la veille… La précipitation coule aussi dans l’ambiance générale du film : il manque des scènes, des ajustements pour rendre le film vraiment cohérent avec un fil clair et précis. Par exemple, Arthur qui reprends l’épée dans le rocher : personne n’a le droit de s’y approcher, les figurants nous montent bien la tête avec ça. Et là Arthur débarque, il a le droit s’il gagne au jeu, et basta après on s’en fout : même pas une scène avec Lancelot de plus en plus effrayé. Et parfois : il y a des scènes beaucoup trop longues et ennuyeuses ! Celle du jeu de Perceval et de son frère : ce qui faisait la blague dans la série était que le jeu semblait être compréhensible malgré sa difficulté. Là non seulement la scène était endormante, mais elle l’était d’autant plus qu’il est impossible d’en comprendre les règles parce que, très probablement, c’est un jeu où les règles ont été écrites pour ne pas avoir de cohérence.



Des personnages en pagaille

Référence pour référence : c’est aussi la problématique des personnages pour Kaamelott. J’ai vraiment l’impression que l’un des buts d’Alexandre Astier a été de faire revenir le plus de personnages possibles au dépens de leur approfondissement. Parlons des paysans : on ne les voit que quelques minutes à l’écran avec les Saxons pour nous dire qu’ils sont méchants et que Lancelot taxe beaucoup. C’est tout. De même pour Bohort, une courte apparition et pas plus d’approfondissement dans le scénario. Léodagan et dame Séli n’ont été que figurants ! En ce qui concerne Perceval et Karadoc, j’ai été monstrueusement déçu. Je n’ai vraiment pas compris pourquoi et comment Perceval était aussi énervé et vulgaire dans les grottes. Ses hurlements colériques me faisaient plus mal aux oreilles que rire. Alors au début on se demande comment ils peuvent être aussi intelligents : passer par les grottes pour attaquer l’ennemi sans se faire voir est un plan trop intelligent pour eux. Alexandre Astier a coupé court à leur intelligence en leur faisant prétexter la coolitude plutôt que la stratégie. Mais l’argument est tellement pauvre en mot et en action qu’on dirait davantage une blague-prétexte pour légitimer une trame du scénario indispensable mais infaisable par les personnages qui la font.

Il y a cependant des personnages qui ont été sympathiques à revoir. Le chef burgonde dans un premier temps qui joue magnifiquement son rôle et dont les scènes sont superbes, la musique également ! Arthur est lui-même un bon personnage dans ce film Kaamelott – et par ailleurs sa tenue est superbe. Pour Lancelot, j’ai beaucoup aimé le côté sombre et silencieux, avec une double personnalité aux côtés de ses ministres d’un côté, aux côtés de Guenièvre de l’autre. Par contre, ses répliques ne collent pas : après ce qu’on voit dans le film, le « ou je vous fais tous pendre par les partis » sur un ton sans autorité ne colle pas avec ce tyran qui pendrait les enfants.



Un drame caricatural mais une jeunesse incroyable

Arthur en noir, Lancelot en blanc. Ces deux personnages qu’on pourrait coller dos à dos sur une affiche pour en faire les antagonistes parfais étaient déjà désignés comme tels dans la série. Il en est de même pour le film Kaamelott. Lancelot le tyran – qui ne s’occupe guère de la quête du Graal par ailleurs alors qu’il avait pris les commandes pour cela… – et Arthur le Juste qui s’y confronte. Au niveau caractériel, des vêtements, du comportement, l’ancien roi et son premier ministre sont des caricatures vivantes, et peut-être même une trop grande caricature à laquelle s’y ajoute un côté un peu ridicule. À l’image de ce temps qui devient orageux lorsque les deux se rencontrent (dans un combat pas fou) et dont la résolution n’est pas forte originale. Deux minutes après, il fait beau comme un été en Méditerranée, sans que personne ne se questionne…

L’intrigue est donc quelque peu décevante. Ce que j’ai aimé en fait dans ce film est ce que j’avais le moins aimé dans la série : la jeunesse d’Arthur. Dans le Livre I de Kaamelott, les scènes à Rome sont vraiment impeccables. Il y a beaucoup de poésie, de tendresse, une histoire dure. Même si on se questionne sur leur utilité… Étrangement, ce sont les scènes avec le moins de dialogues et le moins d’apparition à l’écran. Cela voudrait-il dire qu’Alexandre Astier a des difficultés à écrire pour le grand écran ?

Je ne me suis pas ennuyé en regardant Kaamelott, mais je ne me suis pas beaucoup amusé non plus. À mon goût, la bande-annonce était beaucoup trop excitante au regard du film proposé. Si la musique, les costumes et les images sont plutôt bons, le film manque d’originalité quant à son humour et est un peu caricatural au niveau du scénario. L’écriture implicite est bonne mais manque d’explicite et on se retrouve avec un film dans lequel il semble manquer clairement des bouts d’histoire. Un vrai bon point cependant pour les scènes sur la jeunesse d’Arthur.

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