SP | Monstrueuse féerie, quand la réalité se pare de singulier

J’ai une bonne et mauvaise expérience avec la psychologie. Généralement, les récits qui l’abordent, j’évite. Cependant, la nouvelle de Laurent Pépin, Monstrueuse féerie, m’a poussé intimement dedans et j’en suis ressorti avec une histoire éclairante.

Les Monuments, la plupart des gens ne savent pas que ce sont des poètes. Quand ils délirent, on appelle ça des « décompensations psychotiques ». Je remplace par « poétiques », je préfère. Je trouve que ça évoque mieux le poids du Verbe chez ces gens qui ont dû décider en urgence d’un truc inaugural afin de pouvoir se tenir debout face aux vivants.

Monstrueuse féerie, Laurent Pépin

Monstrueuse féerie


Auteur : Laurent Pépin

Éditeur : Flatland Éditeur

Genre : Nouvelle, Psychologie, Fantastique

Sortie : 2020

Nationalité : France

Pages : 102

Prix : 8.50€

Dimensions : 10×20 cm

Résumé : Depuis toujours, j’ai du mal à établir des contacts avec les gens « normaux ». Quand je suis dans le trou noir, la tronche à l’envers, avec l’envie d’engueuler le vent et les oiseaux, je me dis parfois que ce sont des modèles en série, des ersatz, des brumes floues, sans consistance. Alors que les bizarres, c’est plus noble. Eux, ce sont des modèles uniques qui sont nés sans mode d’emploi et en kit et qui ont dû se fabriquer seuls. Alors, bien sûr, ça donne des constructions très personnelles. Les idées ne sont pas au bon endroit, ou bien elles sont morcelées ou trop vastes, sans limites. Et parfois, il manque des pièces. C’est le problème des trucs en kit. Je suis devenu psychologue et je travaille dans ce Centre. Souvent mon boulanger me demande si ce n’est pas trop dur de travailler avec « les fous ». Moi j’ai envie de lui répondre que ce qui est vraiment dur, c’est plutôt ce genre de dialogue, mais je me tais. Et je ne peux pas répondre que parmi les Monuments, on peut parfois trouver des elfes.

Note : 4 sur 5.

Une tête remplie d’êtres

À travers Monstrueuse féerie, le psychologue clinicien Laurent Pépin a trouvé son parfait oxymore pour décrire sa nouvelle. Ce monde merveilleux où s’exerce le pouvoir d’êtres surnaturels abrite également des Monstres. Ces derniers le rongent depuis son enfance. Pour partager ses peines, et surtout recueillir celles des autres, notre héros compose avec d’autres personnages. Des Monuments d’abord : ce sont ses « fous » dont il aime écouter et croire aux histoires. Surtout, il adore les raconter à l’être le plus important de sa vie, celui qui lui offre des moments de répit : l’Elfe. Dans cet imaginaire fabuleux, il tend à partager les souffrances pour laisser évaporer les siennes, mais les problèmes surgissent lorsque notre héros se rend compte qu’il a tendance à partager ses peines que de se libérer d’elles.

On fait de nos affects une urgence vitale pour subordonner le monde à nos malheurs et on n’écoute pas l’autre.

Monstrueuse féerie, Laurent Pépin

Psychologie et fantastique

Dans Monstrueuse féerie, Laurent Pépin nous partage beaucoup plus qu’une nouvelle psychologique qui frôle la schizophrénie. Il écrit ce récit réaliste qui rime avec des périodes de vie traditionnelles pour expliquer cette souffrance (problèmes parentaux, isolement, mauvaise confiance en soi, enfance perturbée) avec une plume élégante jonchée de métaphores, quelques pointes d’humour qui forment un ensemble évitant une histoire noire et déprimante. Il y a une forme d’intelligence d’écriture maîtrisée dans le récit de Laurent Pépin malgré quelques redondances qui ont pour but d’accentuer un phénomène. C’est au fil de l’histoire que se découvre notre personnage et que l’on comprend les différents sens de son vécu. Tout à coup, le récit surnaturel devient une réalité. Les idées s’entrecoupent, le récit s’installe avec pour bouquet final, une fin d’histoire digne d’une bonne nouvelle. Je ne suis visiblement pas le seul – selon les autres avis – à être novice de ce genre. Mais j’ai été agréablement surpris et j’ai bien aimé Monstrueuse féerie. Surtout, l’histoire nous offre un nouveau regard, plus particulier et personnel, envers les personnes dites folles. Plutôt que de bâtir des murs entre elles et nous, la nouvelle nous invite à comprendre qu’un monde surnaturel peut coexister avec une réalité, et que cette réalité n’est qu’une construction sociale, peu importe si l’une est invisible pour l’autre : elles entretiennent une forme de relation à travers les sujets qu’elles hantent. Je vous recommande !

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