Vacciné ou antivax : il n’y a pas deux camps. Essai de typologie.

Depuis début 2020, la crise du Covid19 n’en démord pas. On se croirait dans une saga où les péripéties d’un même cycle s’accumulent. Une certaine lassitude s’installe, alors qu’on voit une porte de sortie s’ouvrir d’un côté grâce au vaccin, de l’autre des complications (nouveau variant). Toutefois, mon épuisement n’est guère le fruit du virus mais bien de la guerre interminable et du débat honteux qui stimulent les sphères médiatiques, compris dedans les réseaux sociaux. Plus qu’un problème de santé publique, le Covid19 révèle de si nombreuses choses sur notre société.



Complexité plutôt que simplicité

Quand on lit ce que Monsieur et Madame tout le monde dit, la plupart du temps le conflit se résume à un affrontement binaire entre les vaccinés et antivax. Ce que je déplore est l’archaïsme des raisonnements et le manichéisme qui règne. D’un côté, si vous êtes vacciné, vous êtes un mouton ; de l’autre si vous ne l’êtes pas, vous n’êtes qu’un stupide gamin égoïste et complotiste. Et au lieu de faire de la pédagogie pour convaincre l’autre et de rechercher les causes qui provoquent un tel discours, tout cela se transforme en une bataille d’insultes sans aucun recul sur soi-même ou la position de l’autre.

C’est dans ce cadre que j’écris quelque peu sur la crise qui nous traverse aujourd’hui, en essayant de me placer au-delà de ces raisonnements dépassés. Personnellement, je suis vacciné à la première dose au Pfizer. J’ai mis du temps à me faire vacciner, non pas parce que je ne crois pas au vaccin, non plus parce que je suis parfaitement convaincu des nouveaux vaccins, mais surtout parce que je n’en trouvais pas l’utilité immédiate. Je suis une personne casanière, dans une petite ville, sans personne à risque autour de moi. J’ai franchi le pas quand la coercition du gouvernement me l’a imposé, et puis surtout parce que mon futur métier me le demandait. Ceci dit, si je crois au vaccin, je suis hostile au pass sanitaire dans ces conditions. Qu’en est-il des autres ?

Il existe tellement de raisons pour lesquelles des personnes ne veulent pas se faire vacciner. Mais avant de les énumérer, qui sont-elles ? Cette population est plurielle. J’ai souvent vu des assimilations aux Gilets Jaunes. Des assimilations portées avant tout par des partisans du gouvernement, véritablement hostiles vis-à-vis des Gilets Jaunes et qui utilisent leur mauvaise réputation pour soutenir la politique sanitaire du parti qu’ils défendent. D’autant plus que la population des Gilets Jaunes, du début à la fin du mouvement, est plurielle là également, et ne se résume absolument pas au même combat, à ce sujet il convient de lire des études de géographie pour comprendre qui sont et ont été ces Gilets Jaunes. Donc il faut déjà se dire que la représentation des antivax est forcément biaisée par le discours imposé par leurs opposants (et vice-versa). L’objectif politique est aussi de faire passer ces gens pour des nazes antivax même quand ceux-là ne sont sceptiques qu’envers la mise en place du pass sanitaire qui n’est pas un instrument de lutte mais une méthode.

Pourquoi faudrait-il savoir qui sont les antivax ou les sceptiques et comprendre leurs arguments ? Tout bêtement, pour mieux les réfuter, peut-être les convaincre, mais surtout convaincre ceux qui écoutent ou lisent les débats. Pour aussi mieux comprendre, respecter, mieux combattre. Plus profondément, pour s’élever intellectuellement aussi. La politique de la pédagogie est toujours la meilleure dans un combat culturel, et c’est aussi un conseil de l’OMS. La coercition dans ce genre de combat ne mène qu’à des complications : un scepticisme exalté, une instabilité politique et sociale, et sur le temps court et à moyen terme, ça ne convainc pas.

Essai de typologie des raisons du refus du vaccin

Tentons de faire une typologie des raisons sérieuses pour lesquelles les personnes refusent de se faire vacciner ou sont sceptiques. Le modèle 5Cs en psychologie a été mis en place pour tenter de comprendre le refus du vaccin et il s’applique parfaitement ici.

_ Le premier est la confiance, non seulement en la sécurité des vaccins mais aussi envers les décideurs. On ne peut pas dire qu’elle est élevée. Pour les décideurs, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a démissionné de son poste dès lors que la crise a commencé pour se lancer dans une campagne perdue d’avance, une erreur politique et sanitaire forte. À cela s’est ajouté une politique sanitaire catastrophique qui place la France selon le classement d’une université australienne comme l’un des plus mauvais élèves de la lutte contre le Covid-19. On se souvient du confinement tardif, des problèmes d’achat de masque carrément volés sur le tarmac. Cela avec un Président plutôt impopulaire dans un pays qui en toile de fond subit une véritable crise politique, notamment de représentation. Quant à la confiance en la sécurité des vaccins, plusieurs problèmes se posent. D’abord, il y a effectivement des complications qui ont toujours existé, même si elles sont très minoritaires et ne concernent que certaines personnes, c’est une histoire urbaine qui découle depuis des générations. Il est rare de ne pas avoir entendu dans sa vie un proche s’exclamait sur un problème lié au vaccin : qu’il soit vrai ou non, ce sont des histoires qui se succèdent et équipent la mentalité. Surtout, des laboratoires sont de plus en plus confrontés à la justice pour la vente de médicaments qui provoquent des troubles et dont les géants pharmaceutiques ont essayé de cacher l’histoire. Le scandale Mediator en France ou encore récemment, le laboratoire Johnson&Johnson qui a été condamné. Il y a une crise de confiance envers les laboratoires qui n’est pas anodine, et un problème éthique quand ceux-ci se gavent à coup de milliards sur la santé humaine. Ensuite, le vaccin ARN messager est un nouveau type de vaccin tout juste déployé pour le Covid-19. Nouveau type et rapidité sont des facteurs qui rendent tout à fait normal de ne pas avoir confiance à 100% au vaccin, d’autant plus que ceux-ci sont encore officiellement en troisième phase expérimentale. Le fait est qu’il n’y a pas de recul sur le long terme pour ces différents vaccins, peu importe s’il ne se passe rien ou non, c’est un fait.

_ Le deuxième est la complaisance, avec une troisième qui est celle de la responsabilité collective. Est-ce que la personne considère-t-elle la maladie comme un risque sérieux pour sa santé ? À cela s’ajoute une variable qui la rend plus complexe, celle de la santé des autres. Avec les protocoles sanitaires déployés, beaucoup peuvent se dire qu’il n’est pas utile de se vacciner, ou d’avoir le nécessité immédiate de se vacciner. D’autres ont peut-être assez peu d’empathie ou font preuve de réalisme : sur une échelle démographique mondiale et française, le taux de mortalité reste relativement faible, même si des chiffres n’équivaudront jamais à de véritables vies. Ce n’est pas sans rappeler l’échelle du mort kilométrique : nous sommes toujours plus sensibles par la mort d’une personne proche de chez nous, qu’éloigner. D’autant plus qu’on ne mesure jamais véritablement ce qu’on n’a jamais vécu ou eu, à l’instar de la liberté que nous possédons depuis toujours, on peut ne pas avoir conscience de pouvoir la perdre un jour, comme notre santé.

_ La quatrième est le calcul. C’est-à-dire la recherche approfondie d’un individu pour peser les pour et les contre. On a souvent entendu ces personnes qui étaient susceptibles de se faire vacciner, mais qui dans un élan de scepticisme ont préféré attendre de voir les premières injections pour le faire. C’est là que les discours binaires des réseaux sociaux est le plus catastrophique. À insulter les sceptiques et à les traiter d’antivax, ce n’est que les inciter à ne pas faire confiance au vaccin. C’est aussi les inviter à écouter que des messages extrêmes. Vous serez mille fois mieux informer en écoutant une seule vidéo de Jamy Gourmaud sur le fonctionnement d’un vaccin que de passer cent heures sur Twitter à écouter des lambdas et cent cinquante avis différents. D’autant plus qu’on est dans une ère de surabondance d’informations, notre esprit lit des tas de choses pour ne retenir quasiment rien. Dans cette ère de pratique parfois une surreprésentation médiatique : beaucoup ne croient pas dans le fonctionnement du vaccin. Est-ce un manque d’apprentissage ou est-ce le résultat des médias qui par reproduction médiatique publient plusieurs fois par jour sur ces vaccinés qui tombent de plus en plus malade ?

_ La cinquième sont les contraintes, c’est-à-dire les facilités ou difficultés de se faire vacciner. Il y a aujourd’hui des personnes qui n’ont pas le temps de se faire vacciner car dans certaines régions, il est long d’avoir un rendez-vous notamment pour avoir les deux doses. La coercition du gouvernement qui impose rapidement un pass sanitaire – alors qu’il avait promis de ne pas en mettre – et qui érige des sanctions allant jusqu’au licenciement au mépris de nos acquis sociaux n’aident pas à la confiance. Il y a donc des contraintes d’accès aux vaccins – même si elles se réduisent – tout comme il y a des contraintes à ne pas être vacciné. L’OMS recommande toujours la pédagogie du vaccin et non la force. Forcer les personnes sans les convaincre, n’est-ce pas là un arbitraire et un pouvoir autoritaire ? Sans doute une raison de la critique d’une dictature sanitaire dans un gouvernement qui depuis 2017 applique des méthodes coercitives et autoritaires de nombreuses fois dénoncées. Et puis, il y a une raison simple également : la peur de l’aiguille. Une étude de l’université d’Oxford a montré que cette peur concerne 10% de la population.

À quoi s’ajoute le pass sanitaire

Les partisans du gouvernement et d’autres aimeraient confondre les antivax et les opposants au pass sanitaire, stratégiquement et politiquement parlant, c’est une communication politique facile qui fonctionne bien, au mépris tout de même de l’honnêteté intellectuelle. À l’instar de la France Insoumise qui croit au vaccin mais combat la méthode du pass sanitaire pour de nombreuses raisons : les absurdités engendrées dans les transports en commun, les inégalités qu’il produit, la destruction de notre droit social… Le pass sanitaire n’est pas un outil comme le vaccin, mais une méthode. Une méthode coercitive qui pose plusieurs problèmes. Outre la pédagogie et la diplomatie qu’il faudrait, la méthode du pass sanitaire implique un contrôle d’une population par une partie de la population. C’est-à-dire que non seulement les forces de l’ordre perdent leur autorité et leur compétence au profit de Monsieur tout le monde, mais qui plus est, instaure une sorte de contrôle permanent. Cela n’est pas sans rappeler la Chine. Comparaison démesurée, il est vrai. Il n’empêche que dans les esprits, les lois liberticides de la Chine sont bien connues car fortement médiatisées dans nos démocraties occidentales, peut-on blâmer ceux qui veulent échapper à une lente marche vers un état de contrôle renforcé ? Il s’est développé, en plus, ces dernières années une véritable propriété de son propre corps. L’idée que les personnes soient obligées (car c’est un cas d’obligation implicite) de se faire injecter un produit au sein de son propre corps est sans doute un facteur de refus au vaccin.

D’autant plus que les décisions de l’exécutif se font dans un cadre qui aggravent la confiance des Français envers leur État. Décisions prises par un seul homme dans une monarchie présidentielle, au sein des Conseils de Défense où le dialogue avec le Parlement est rompu, et lorsqu’il ne se fait, qu’avec une majorité godillot. Nous sommes dans un état d’urgence sanitaire, sans cesse prolongé, qui donne des droits exceptionnels au Président. Chacun a également dans l’esprit ce que peut faire un homme dans un régime d’exception. Enfin, le contexte de la pratique gouvernementale importe : dans son quinquennat, Emmanuel Macron a multiplié les dérives autoritaires ou les aveuglements.

En résumé, il existe tellement de raisons et un contexte si ample qu’on ne peut faire preuve de simplicité dans ce débat. Il serait contraire à l’honnêteté intellectuelle de le résumer en un affrontement entre deux camps, et si pauvre pédagogiquement car ce raisonnement laisserait tomber tous les sceptiques qu’on se doit de convaincre. En outre, être pour le vaccin n’exclut pas le droit aux interrogations vis-à-vis de celui-ci. Enfin, plutôt que de continuer à polémiquer, il est sans doute plus sérieux de connaître les raisons pour lesquelles une personne ne voudrait pas se faire vacciner pour résoudre le problème que de pinailler en insulte sur des réseaux sur lesquels votre nom et message sera oublié après quelques secondes. Quand bien même la personne aurait tort et ne voudrait pas regarder la vérité en face, comprendre ce qu’elle comprend et ressent pourraient nous permettre de combattre ces causes afin d’éviter les prochaines fois.

4 commentaires sur “Vacciné ou antivax : il n’y a pas deux camps. Essai de typologie.

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  1. Merci pour ces réflexions qui invitent à prendre un peu de recul sur les événéments.

    Je pense que le cas de la vaccination est assez emblématique des défauts de notre démocratie. Nous sommes nourris au débat et ne savons pas discuter. Le débat c’est l’affrontement de deux camps majoritaires : on cherche à convaincre de manière à pouvoir faire passer sa résolution. Il s’agit d’un instrument démocratique, mais qui ne doit pas être utilisé en permanence. Car un débat ne peut pas faire émerger de solution, il ne sert qu’à décider.

    Ce qui nous fait défaut, c’est la discussion préalable au débat (discussion + débat = délibération). Une discussion où chacun essaye de comprendre le point de vue de l’autre, des courants majoritaires et minoritaires, des différentes parties prenantes. En principe, la discussion aboutit sur une solution consensuelle qui essaye de prendre en compte les intérêts de chacun dans le but de satisfaire l’intérêt général. Normalement, cette discussion devrait avoir lieu à l’Assemblée nationale, et elle est parfois menée via les commissions parlementaires, mais de manière assez indirecte et peu transparente.

    Il serait intéressant de creuser la piste des assemblées citoyennes pour « désamorcer » ces sujets politiques clivants, en tirant au sort des citoyens d’avis divergents, et en les mettant autour d’une table pour délibérer avec suffisamment de temps pour réellement s’intéresser à la question vaccinale, aux contexte et à l’état de l’art.

    Aimé par 1 personne

    1. Le assemblées citoyennes peuvent être intéressantes, cependant il faudrait savoir quel citoyen. Je ne suis pas spécialement partisan du tirage au sort de n’importe quel citoyen lambda, il me semble que pour certains sujets, il faut avoir des personnes qui s’y connaissent, sont spécialistes. Des spécialistes qui en temps normal sont invités au Parlement pour éclairer les situations.

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      1. Il est vrai que de prime abord on peut s’interroger sur la capacité de citoyens lambda à traiter des questions complexes. Pourtant, le domaine scientifique a été le premier à recourir aux citoyens tirés au sort pour traiter des problématiques qu’eux-mêmes ne pouvaient pas résoudre, notamment en matière d’éthique, cf les « conférences de consensus » au Danemark notamment : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_citoyens

        Il est bien entendu que dans de telles assemblées, les citoyens ne sont pas livrés à eux-mêmes pour délibérer. La présence d’experts (d’avis opposés) est indispensable pour offrir un cadre solide et éclairé à la discussion. C’est ensuite par l’exercice de la délibération que les citoyens commencent à faire émerger une ou plusieurs solutions face au problème qui leur a été posé.

        Les experts auraient, à mon avis, beaucoup plus de difficultés à parvenir à un consensus car tous défendant avec acharnement leur « école ». De plus, leur vision est centrée sur le sujet, alors que les citoyens ont une tendance à avoir une vision plus globale du problème, avec l’impact sur leur vie, leur famille, leur emploi, etc.

        Aimé par 1 personne

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