Regarder Blade Runner en 2021

Dans la série « Je fais mes classiques », Blade Runner était sur ma liste. Mais comment une énième chronique sur Blade Runner peut-elle être intéressante ? Pour ce faire, n’ayant jamais vu le film, je pose la question suivante : qu’est-ce que c’est que regarder Blade Runner en 2021, presque 40 ans après sa sortie ?



Titre : Blade Runner

Réalisateur : Ridley Scott

Acteurs : Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, M. Emmet Walsh, Edward James Olmos, Daryl Hannah

Genres : Science-Fiction, Cyberpunk, Film Noir, Action, Thriller

Sortie : 1982

Durée : 1h57

Nommé aux Oscars (1983) des Meilleurs décors et Meilleurs effets spéciaux

Résumé : La Tyrell Corporation a créé des machines servant l’homme : les Répliquants. D’une durée programmée de quatre ans, des individus du modèle Nexus-6 se révoltent et s’échappent. Tentant d’infiltrer la Tyrell Corporation pour chercher à allonger leur durée de vie, des Blade Runner, notamment Rick Deckard, sont chargés de les retrouver et de les tuer. Ridley Scott pose la question de la définition de l’humanité, entre hommes et machines.



Blade Runner a-t-il vieilli ?

2021, c’est une année au-delà du scénario de Blade Runner ! En effet, ce film cyberpunk proposait une œuvre dans un futur proche : 2019. Il est déjà intéressant de comparer ce que Ridley Scott imaginait à l’époque ce que l’avenir nous réservait et les réalités d’aujourd’hui. Pas de voiture volante, les publicités géantes n’existent pas encore véritablement, pas de vaisseaux spatiaux ni de colonies non plus, et les robots ne sont pas aussi développés que dans Blade Runner. Par contre, il y a bien des continuités entre notre vie contemporaine et le 2019 de Blade Runner : la massive urbanisation et la forte densité de population, la vie misérable au sein des villes ainsi que la ségrégation socio-spatiale. En 1982, Blade Runner sortait au cinéma et imaginait un futur bien plus technologiquement avancé qu’aujourd’hui, bien que la coexistence entre des technologies aujourd’hui dépassées comme les vieux téléviseurs cathodiques et les nouvelles technologiques comme les robots super avancés est plutôt drôle. Outre cela, pour un film de quarante ans, Blade Runner n’a à mon sens pas mal vieilli du tout car je suis resté accroché tout au long. Si le début de Blade Runner m’a totalement imprégné, le film s’est un peu ralenti au milieu de ses deux heures pour proposer une fin très intéressante et surprenante. Visuellement, Blade Runner mérite sa nomination aux Oscars pour ses effets visuels et ses décors car le film est beau. Le thème « noir » qui s’en dégage, associé au cyberpunk, rend une véritable atmosphère bien que l’on se demande comment toute cette pluie ne provoque pas des inondations… qui plus est avec cette urbanisation. Je soupçonne quand même l’obscurité de Blade Runner d’aider au bon vieillissement visuel. La principale question cependant qui se pose ici est la suivante : dans son fond, Blade Runner a-t-il vieilli ? Ridley Scott questionnait la définition de l’humanité et la frontière entre le robot et l’humain, qui serait celle de l’empathie. Aujourd’hui, en 2021, les robots qui paraissent humains et le questionnement sur l’humanité au sein des films de Science-Fiction ont été maintes fois mis en scène. La réponse donnée par Ridley Scott n’est donc en rien surprenante, et les habitués de la SF trouveront l’intrigue de fond désuet. D’où l’importance de remettre en contexte Blade Runner. D’autant plus que ce questionnement ne surgit qu’à la fin de Blade Runner ! En effet, jusqu’au chant de cygne, on ne faisait suivre qu’une enquête assimilable au genre policier, avec quelques brides d’action par-ci par-là, ce dans une ambiance noire. Quelle réponse donner ? Blade Runner dans l’ensemble n’a vraiment pas mal vieilli. Près de quarante après sa sortie, il est agréable à regarder mais la question qu’il pose – mis à part le chant du cygne à la fin – n’a plus rien d’extraordinaire aujourd’hui, au contraire c’est un thème vu et revu. Heureusement, il n’est abordé qu’à la fin, laissant à Blade Runner sa longévité grâce à son enquête et à son ambiance, et non finalement ce qui a fait sa réputation dans l’histoire du cinéma.



Mon interprétation du monologue des larmes de pluie de Blade Runner

Diverses interprétations surgissent concernant le soliloque de Roy Batty. Ce chant du cygne qu’il découle devant Rick Deckard est rentré dans l’histoire non seulement pour la beauté de l’écriture, également parce qu’il a été réécrit au dernier moment par son acteur Rutger Hauer ce qui l’a mythifié, enfin parce que la fin de Blade Runner est excellente par son caractère inattendue. À partir de là, si vous ne souhaitez pas être spoilé, je vous conseille d’arrêter votre lecture ! Dans ce qui est appelé « le monologue des larmes de pluie », je souhaitais en proposer ma propre interprétation. Aujourd’hui, la culture SF s’est considérablement développée dans la culture des hommes depuis 1982. Par conséquent, l’interprétation du discours de Roy Batty dans Blade Runner peut à l’orée de ce que nous connaissons terriblement être développé, jusqu’à peut-être dériver trop loin. Du moins, c’est mon avis, et c’est pour cela que je souhaite vous livrer mon interprétation de ce qui a voulu être exprimé en 1982.

Reprenons par ce que nous connaissons. Dans Blade Runner, les Répliquants qui ont vocation à ressembler plus à l’homme que l’homme ressentent des émotions à partir de quatre ans. Il a été décidé pour éviter cela de développer une obsolescence programmée. Toutefois, les Nexus-6 à l’aube de leur mort, esclaves puis échappés, cherchent à prolonger désespérément leur vie. Ridley Scott dans Blade Runner pose une réflexion globale : la machine peut-elle être un homme ? Quelles différences entre la machine et l’homme ? Qu’est-ce qui rend l’homme, finalement, humain ? Si la réponse donnée par les personnages semblent être la capacité à faire preuve d’empathie, je pense qu’on élargir cette pensée à celle de la recherche de l’amour. En effet, lorsque Roy Batty parvient à rencontrer Tyrell, son créateur pour lui demander son aide, il le nomme « père ». Il impose par là une condition de filiation – qui est vraie – et qui sert à imposer à Tyrell un devoir parental. À la fin de Blade Runner, Roy Batty sait qu’il est impossible pour lui d’échapper à la mort. Et alors que dans son combat contre Rick Deckard, il est en position de domination et que chaque spectateur attend à ce qu’il l’achève, ou qu’un retournement de situation se produise, Roy Batty exprime un soliloque mortuaire. Ce qui ressort de son discours est poignant. Roy Batty a été esclave durant toute sa vie, créé à partir des souvenirs d’un autre, il exprime à Rick Deckard toute la souffrance qu’il a endurée, ainsi que le regret qu’il termine dans l’oubli, telles les larmes dans la pluie. En sauvant Rick Deckard, il ne le fait pas selon moi par empathie, mais pour le prendre en témoin de son discours, de ses souffrances, pour montrer que même un robot peut avoir des émotions. Rick Deckard, immobile et effrayé, médusé par les mots de Roy Batty prend position d’esclave de sa parole. Roy Batty veut faire de Rick Deckard un porteur de sa mémoire, alors que Deckard est justement son plus grand ennemi, celui qui a tué ses frères et sœurs. À la fin de sa vie, Roy Batty devient presque humain et les émotions, ses souffrances en particulier, le font tellement souffrir que sa mort en est une libération, en est témoin la colombe blanche – symbole de la liberté – qui s’envole après la mort. Il devient humain par le fait qu’il utilise des mots de plus en plus simples, plus accessibles, plus humains… qu’un discours lyrique qui ne peut s’exprimer de manière réaliste alors qu’on est sur le point de mourir. La mort est pour lui une émotion positive : son discours s’exprime avec sourire. Ainsi, Ridley Scott dans Blade Runner répond à sa problématique. La machine n’est par définition pas un homme, sauf si elle se constitue une mémoire. C’est la mémoire – à travers le symbolisme de l’oeil qui fourmille tout au long du film – qui constitue des souvenirs et des émotions. Ainsi, ce qui fait l’homme selon Ridley Scott est son humanité, et par humanité, il faut entendre la sociabilité de l’homme, l’amour ou l’amitié, supposant ainsi l’empathie des autres. À ce compte-là, à la fin de Blade Runner, Roy Batty semble plus humain que Rick Deckard, qui n’a aucun mot à exprimer, qu’une incompréhension dans son regard, comme s’il était devenu, à son tour… la machine. D’autant plus que dans la version director’s cut, le doute est posé sur ce qu’est Rick Deckard, est-il un homme ou une machine ?

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