Bull (saison 1), la science des procès existe-elle vraiment ?

Après avoir quitté NCIS où il jouait l’éternel second rôle, Michael Weatherly (DiNozzo) a décidé de prendre son envol en incarnant le héros d’une nouvelle série : Bull. Le docteur Jason Bull est un psychologue doté de trois doctorats. Son métier ? Examiner et composer avec son équipe un jury en faveur de leur client pour remporter un procès. Psychologie sociale et comportementale sont au rendez-vous !


Dr. Bull sait comment ils voteront avant qu’eux-mêmes sachent.



Titre : Bull

Acteurs : Michael Weatherly, Freddy Rodriguez, Geneva Carr, Jaime Lee Kirchner, Annabelle Attanasio, Christopher Jackson

Créateurs : Phil McGraw (série inspirée de sa carrière), Paul Attanasio

Genres : Drame, Judiciaire

Saison 1 avec 23 épisodes (5 saisons depuis 2016)

Durée : 40 min, 1 enquête par épisode

Résumé : Le Dr Jason Bull est le brillant fondateur d’une firme spécialisée en conseils juridiques. Entourée de son équipe d’experts ultra-compétents, il se démène pour mettre en place de véritables stratégies pour permettre de faire pencher la balance de la justice en faveur de ses clients. Ses méthodes lui permettent d’analyser tout un ensemble de facteurs pour prédire les comportements et décisions des jurés, des avocats ou encore des témoins.

Note : 4 sur 5.

Un vrai Pitbull

De l’enquêteur de la Navy au docteur en psychologie, Michael Weatherly s’engage en tant que premier rôle dans Bull en incarnant le docteur Jason Bull. Un personnage qui n’est pas inconnu des médias et des tribunaux. Psychologue extrêmement doué, il propose ses services à ceux qu’il croit et qu’il sait innocent. Avec son équipe, il établit le profil des différents jurés pour les sélectionner et les orienter dans leur verdict. Même si quelques gros clients permettent d’enrichir considérablement son entreprise, Jason Bull sélectionne son public selon son instinct et ses affaires si elles sont intéressantes. Les gros chèques permettent de défendre ces personnes qui ne sauraient s’octroyer les divins services de Bull. Bien que la série prenne son nom et l’affiche sa tête, Bull est en réalité un travail d’équipe mêlant entre autres enquêteurs, hacker, avocat… La science des procès demandent du monde. Il est agréable de voir Michael Weatherly – un acteur que j’adore – dans un nouveau rôle bien qu’il me manque dans NCIS. Jason Bull n’est pas un homme « extraordinaire », mais il a une certaine présence, ne vit que pour son travail et… il est doué.



Bull oriente ou manipule ?

Connaître profondément le jury pour avoir les cartes en main afin de leur faire changer d’avis : orientation ou manipulation ? Il est là l’un des propos intéressants de la série. Jason Bull nous démontre qu’en réalité ce qu’il fait n’est pas de la manipulation. Quand un juré voit une vidéo probante sur le net, il n’est pas contraint à la regarder, il tombe dessus « par hasard » parce qu’elle fait le buzz. Manipuler, c’est orienter en imposant : on ne retrouve jamais un juré forcé de quoi que ce soit dans Bull. Ce propos est pertinent dans le sens où la science des procès (qui existe vraiment) peut sembler au premier abord effrayante. Il est sûr que si quelqu’un a un consultant jury dans son équipe, il aura un avantage : mais la psychologie sociale nous démontre de toutes façons que personne n’est égal au sein d’un procès (cf. ci-dessous). J’avoue que si les procès étaient manipulés – qui plus est pour avantager des criminels – la série m’aurait dérangé. Qu’est-ce qui joue dans un procès ? C’est un peu le côté pédagogique de la série qui au fil des épisodes nous dévoilent toute la psychologie d’un procès. Avant même le procès, le nombre du jurés, le type d’affaire, la personne de la victime et celle de l’accusé, les stéréotypes, les vêtements, les positions : absolument tout joue. Au cœur des affaires, le traitement médiatique prend une importance que Bull n’oublie pas.



Un épisode, une affaire

On retrouve dans Bull un schéma d’épisode. Attention, aucun épisode ne se ressemble dans son scénario, mais la ligne d’écriture est fidèle à celle d’une enquête policière car Bull finalement est une série quasi-policière, mais plutôt du côté tribunal. Ce schéma se traduit ainsi : meurtre, prise de l’affaire, juré miroir, procès, verdict, arrestation du criminel. Chaque épisode traite de A à Z une affaire. Tellement de choses sont passées en revue que les épisodes d’une quarantaine de minutes filent trop vite, et à chaque fois j’en redemandais. Mais en empruntant ce genre de schémas, la série doit impérativement savoir se renouveler rapidement afin qu’elle ne devienne pas un feuilleton lassant.



Points positifsPoints négatifs
– Sujet original– Risque de feuilleton lassant
– Sujet pédagogique– Pas de « grosse intrigue » dans cette première saison
– Bon casting (Michael Weatherly)
– Réflexion sur la justice

La science des procès, ça existe vraiment ?

Oui, elle existe vraiment. J’ai à ce sujet lu un article scientifique extrêmement intéressant dont je vous donne la référence. Afin de compléter ma chronique, j’ai décidé d’en résumer les trente pages que je vous livre ici !

La série Bull et la science des procès

SABATIER, Candy ; SCHADRON, Georges. Les déterminants des décisions des jurés In : La psychologie sociale : applicabilité et applications [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2010 (généré le 17 janvier 2021)

La psychologie sociale expérimentale s’intéresse depuis les années 70 à la Justice. Elle s’est abord intéressée au témoignage oculaire (rappel des faits par un témoin, reconnaissance d’un individu), puis à la restitution de souvenirs avant de se pencher enfin sur les mécanismes de décision de jury lors du procès. Ceux-ci exercent un rôle qu’ils ne connaissent pas, ils sont donc dans une situation atypique que de nombreux facteurs peuvent influencer.

Les facteurs extralégaux

Avant même le procès et la sélection des jurés, la structure et l’organisation du jury sont des facteurs qui influenceront le verdict.

Structure et organisation

Plus un jury est nombreux (en l’occurrence, 12 jurés dans la plupart des systèmes judiciaires), les souvenirs des débats sont plus nombreux, les délibérations plus longues et les points de vue sont davantage diversifiés.
Le verdict sera également influencé par la structure des jurys d’assise. A l’opposé du jury citoyen qui n’est composé qu’uniquement de citoyens, le jury mixte incorpore des professionnels de la justice. Ces derniers ont une très grande influence sur le jury citoyen qui se transforme en un simple « accompagnateur » lors d’un expert – une étiquette qui a une influence – utilise son bagage juridique et son autorité scientifique lorsqu’il prend la parole.

La composition démographique

La composition démographique du jury, de l’accusé et de la victime a également une grande influence. En cas de similarité où lors d’un procès pour viol sur femme, le jury féminin aura tendance à infliger des peines plus lourdes qu’un jury masculin. En cas de dissimilarité, où un jury blanc vote des peines plus lourdes pour accusé noir que blanc ; où que le jury noir vote des peines plus lourdes pour ce même accusé noir que blanc à cause de l’effet « brebis galeuse ». Si le statut socio-économique est plus bas, la peine est plus sévère. En bref, le système de domination est perpétué et s’exerce également vis-à-vis de la victime.
Le panel idéologique est un facteur déterminant, entre principe de justice et notion de crime. Les individus autoritaires sont plus conservateurs et attachés à l’idée du pouvoir et de l’autorité, ils infligent de plus fortes sentences.

Script stéréotypé et cohérence

Avant tout procès, les jurés se font un script de l’affaire en tête. Plus les faits racontés sont proches de ce script, plus les jurés sont convaincus (une pompiste de nuit sera moins crue dans une affaire de viol qu’une femme exerçant un métier de jour).
Les jurés sont très susceptibles à la cohérence d’un témoignage (contradiction, plausibilité, selon complexité) et selon la certitude du témoin. Le jury a aussi des attendus vis-à-vis de l’accusé : plus il fait preuve de clémence vis-à-vis de sa victime, honnêtement ou non, plus la peine est allégée.
Le physique de l’accusé joue également : plus un suspect est attrayant, moins il est perçu comme menaçant. Les stéréotypes tout comme un casier judiciaire non vierge n’aident pas les accusés.
Pour faire contrepoids à ces facteurs légaux, il reste les informations factuelles et preuves véhiculées lors d’un procès ainsi que les délibérations du jury.

La sélection du jury

Le jury français

Pour être jury français, il faut avoir la nationalité française, avoir 23 ans, savoir lire et écrire et être inscrit sur les lites électorales. Pour les Assises, la moyenne de jurés est de 35 individus dont il faudra sélectionner certains. Une liste préparatoire est établie dans chaque commune par le maire. La Cour d’assises pioche dans sa propre liste annuelle qui recoupe les listes prépatoires par département par tirage au sort. Enfin, dans une commission sont exclus ceux qui ne respectent pas les conditions et tire le nom de 35 individus au sort. Il y aura finalement 9 jurés. Certaines fonctions excluent la possibilité d’être juré : fonctionnaire de police, militaire, membre du gouvernement, parent avec l’accusé, témoin
Ensuite, le jury d’Assises se réunit : parmi les 35 individus, 9 sont tirés au sort. Ils peuvent être récusés lors de l’audience préliminaire : un juré récusé est remplacé parmi les remplaçants possibles. Uniquement s’ils pensent qu’un juré n’est pas en mesure d’être juré à cause de son sexe, de sa profession, du lieu où il vit, de son âge. La défense ne peut pas récuser plus de 5 personnes, le ministère public pas plus de 4 et ne doivent jamais donner les raisons pour lesquelles ils les ont récusés. Une fois qu’ils sont choisis, il y a la prestation de serment.

Le jury américain

La sélection du jury américain est plus flexible. Soit une liste est tirée au sort, soit les États peuvent avoir leur propre méthode si tant elle respecte la Constitution (une liste de ceux qui ont le permis de conduire par exemple). Généralement il faut avoir la nationalité, parler l’anglais, avoir 18 ans, séjourner depuis au moins un an dans la localité.
Ensuite, ce panel de jurés potentiels est constitué en « petit jury » dans la procédure appelée voir dire où avocats et juge peuvent questionner de manière approfondie les jurés. Ils peuvent soit faire une « récusation pour cause » au nombre illimitées seulement s’il y a un soupçon de partialité, soit une « récusation péremptoire » au nombre limité selon les Etats pour lesquelles il n’y a pas besoin de donner une raison. Et c’est là où la série Bull prend son pied.

Les jury consultants

Le système judiciaire américain permet la présence de jury consultants pour effectuer une méthode de sélection de jurés dite scientifique. Une norme lors des grands procès médiatisés et de grandes firmes. Ces consultants utilisent des jurys virtuels démographiquement identiques au jury réel afin de tester théorie et versions des faits. C’est exactement ce que la série Bull fait avoir son « jury miroir ». L’objectif est de rassembler autant de renseignements personnels que possible pour sélectionner les bons jurés et donc l’incliner en sa faveur, notamment en utilisant les facteurs extralégaux vus ci-dessus.

Jugeabilité sociale, déterminabilité sociale

La psychologie sociale a mis en évidence que la situation démographique, historique ou encore géographique dans laquelle nous vivons nous influence inconsciemment. Ainsi, au sein même du jury, il existe une asymétrie de statut qui fait que chaque juré n’a pas la même influence qu’un autre : celui d’une strate sociale plus basse adapte son ton et son rythme à celui d’une strate sociale plus haute. Il existe aussi ce qu’on nomme la jugeabilité sociale, plus une personne est jugeable selon sa situation sociale, plus elle répond à ses propres stéréotypes. Le degré de jugeabilité sociale permet d’obtenir un degré de déterminabilité sociale, c’est-à-dire à quel point un individu est plus ou moins affecté par des influences extérieures. En gros : plus un sujet croit qu’un juge est informé sur sa propre personnalité, plus il a tendance à se soumettre à celui-ci. Plus cette déterminabilité (critères : statut de la personne, niveau d’information, appartenance à un groupe) est forte, plus la personne est influençable.

2 commentaires sur “Bull (saison 1), la science des procès existe-elle vraiment ?

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    1. Oui, elle est inspirée d’une carrière. Comme les séries policières, je trouve que chaque épisode a son petit côté original. Mais il est certain qu’il va falloir savoir se diversifier pour tenir de nombreuses saisons et ne pas trop se répéter. J’ai hâte de voir la deuxième saison !

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