Les étoiles s’éteignent à l’aube, dans les terres sauvages du Canada

Franklin Starlight a seize ans lorsque son père, cet homme alcoolique qu’il ne connaît pas et bourré de mystères, lui demande ce qui sera sa dernière faveur : l’emmener au cœur de la montagne pour l’enterrer. Transporté et touché par Les étoiles s’éteignent à l’aube, Richard Wagamese nous confronte à cette nécessité de se connaître soi-même et de savoir d’où l’on vient pour apaiser sa crise identitaire.


Titre : Les étoiles s’éteignent à l’aube

Auteur : Richard Wagamese

Édition : 10/18

Genre : Littérature canadienne, indienne

Sortie : 2017 (poche)

Pages : 312 pages

Prix : 7.50€

Résumé : Franklin Starlight a tout juste seize ans lorsqu’Eldon, son père ravagé par l’alcool, le convoque à son chevet et lui demande de l’emmener au coeur de la montagne, là où on enterre les guerriers. Au cours de leur voyage, Frank affronte un jeune grizzly, ramène poisson ou gibier et construit des abris contre la pluie, tandis qu’Eldon lui raconte comment il a rencontré l’amour de sa vie, pourquoi il a sombré dans l’alcool et d’où vient leur patronyme qui évoque les temps indiens immémoriaux. Ce périple permettra à chacun, au père comme au fils, de répondre à son besoin d’apaisement identitaire. Ce roman au style brut et aux dialogues taiseux est un aller simple pour les terres sauvages du centre du Canada.


Connaître son histoire

Franklin Starlight est un Indien abandonné. Presque orphelin, il a grandi auprès d’un vieil homme, qui l’a recueilli et qui l’a élevé. Qui lui a appris le respect du travail, le respect de la terre et des bêtes, le respect de la vie. Son père, il n’en a que faire. Jusqu’au jour où celui-ci, ivrogne mourant, le convoque à son chevet : il lui demande de l’emmener au sein de la montagne, là où on enterre les guerriers. Mais pour Frank, son père est tout sauf un guerrier. Juste un lâche qui se noie dans l’alcool. Cependant, l’y amener sera sans doute la dernière occasion de trouver ses réponses à ses questions, sur lui, sur son histoire, ses origines, alors il l’a saisi. Parce que Frank subit depuis son enfance ce qu’il ne sait pas : ses origines, son histoire.

– On en est un peu tous les deux au même point, lui et moi.

– Vraiment ?

– Ben, il connaît rien à c’que c’est d’être père et moi je connais rien à c’que c’est d’être fils. Ça fait qu’on est presque pareils, il me semble.

Richard Wagamese, Les étoiles s’éteignent à l’aube

L’ascension de la vérité

Au long de cette ascension, on ressent chez ce gamin une véritable crise identitaire. Au fond de lui, la démission de son père et l’introuvable mère forment un creux qu’il souhaiterait tant combler. À cheval avec un quasi-cadavre à ses côtés, Frank découvre l’histoire de son père, Eldon, qui en a gros sur le cœur. Derrière cet ivrogne se découvre un être pour lequel la sympathie nous inspire. Un homme qui a vécu de nombreux traumatismes qui l’ont fait plonger dans la boisson. Au rythme du pas, l’histoire tragique d’Eldon se révèle, alternant entre le présent cadavre squelettique et gémissant au foi bousillé à ce gamin du passé acharné au travail, du bidonville, à l’homme agile et doué de ses mains qui sait ce qu’est le labeur de la vie et de la guerre. Les réponses se dévoilent, et la peine grandit et nous inspire pour ces deux personnages qui nous semblent si proches.

Le vieil homme le regarda par dessus son épaule.

– Ça écarte les bêtes nuisibles, dit-il.

– Comment ça ?

– Tu sais ce que c’est qu’une bête nuisible ?

– Ouais répondit le garçon. Une peste. Une chose qu’on veut pas chez soi.

– Alors le whisky tient à l’écart des choses que certaines personnes ne veulent pas chez elles. Comme les rêves, les souvenirs, les désirs, d’autres personnes parfois.

Richard Wagamese, Les étoiles s’éteignent à l’aube

Les terres sauvages du Canada

Cette histoire ne saurait être la même dans un autre cadre. Si le frigo côtoie les camions, Les étoiles s’éteignent à l’aube fait l’éloge de la nature et du respectueux travail de la terre. Surtout, le roman nous apprend tout un peuple, toute une manière de vivre, toute une époque, celle des bindonvilles et des usines à papier, du métier de la drave (le roman m’en a inspiré l’écriture d’un article), celle du travail informel, celle de la ferme. Bref, un voyage dans les terres sauvages du Canada, ses pièges et ses trésors excellemment narrés par Richard Wagamese, lui-même ojibwé qui nous a quitté en 2017. Son écriture, si teintée de réalisme dans les mots nous transportent aux côtés des personnages. Le timbre de la voix, le souffle du vent, le paysage, les émotions se sont efficacement retranscrites dans mon imagination. Un roman qui m’a porté, dont on n’attend pas la fin, mais les réponses.

Il avait quitté l’école dès qu’il avait atteint l’âge légal. Il ne s’intéressait pas aux livres et là où il passait le plus clair de son temps libre, nul besoin de grandes idées… Il entendait les symphonies du vent sur les crêtes, et les cris stridents des faucons et des aigles étaient pour lui des arias ; le grognement des grizzlis et le hurlement perçant d’un loup contrastaient avec l’œil impassible de la lune. Il était indien.

Richard Wagamese, Les étoiles s’éteignent à l’aube

Note : 4.5 sur 5.

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