Mais c’est quoi un (vrai) troll ?

Un mot apparaît de plus en plus souvent dans le débat sociétal. Celui de troll. Alors qu’il arborait une figure humoristique à sens unique, pouvant provoquer un rire collatéral, il est devenu un moyen au mépris de son sens originel de fermer une discussion. « Laisse tomber, c’est un troll » is the new « je n’ai pas envie de continuer la discussion ; je n’ai plus rien à dire ; tais-toi ». Quel est le sens originel du mot « troll » et comment est-il dorénavant utilisé et à quels fins ?



C’est quoi « troller » ?

De manière originelle, troller avait une définition bien exacte. Il s’agissait de provoquer dans l’intention de se moquer. Les méthodes sont multiples. Soit par une réponse tout à fait impertinente et polémique mais qui se prétend sérieuse à une question sérieuse elle aussi. Il peut également s’agir de créer un sujet polémique. Dedans, le troll peut très bien croire à ce qu’il défend, mais se moquera également et surtout des potentiels et théoriques adversaires. L’objectif est vraiment de se moquer, de faire une blague, de faire rager « l’adversaire », tandis que vous et ceux qui observent la conversation pourront en rire. C’est une figure humoristique à sens unique, voire collatéral si les observateurs rigolent. Le troll saura de toute évidence que ce qu’il dit est simpliste, voire faux : il le fait exprès, il se moque de vous.


Exemple 1. Dans la première minute de cette vidéo, l’auteur invite un joueur étranger à faire une virée en voiture sur GTA V. Cet inconnu passager bien sûr ne connaît pas les plans du conducteur qui consiste à faire couler la voiture dans l’océan et d’en sortir avant. C’est un pur troll : le passager s’est fait avoir.


Exemple 2. Un homme se fait passer pour une fille à l’aide d’une fausse photo de profil et d’une voix plus aiguë. Il fait semblant de s’intéresser au jeu concours de son interlocuteur, alternant entre le faux frère de cette fausse fille pour faire rager son interlocuteur et le faire impatienter. C’est un échec, et il s’est fait grillé. Ça en reste là.


Exemple 3. Un joueur utilise un modificateur de voix ou un logiciel de répliques d’Homer Simpson pour faire rager et répondre à un groupe de joueur en ligne. Les insultes fusent, la rage gagne les joueurs, le troll remplit parfaitement sa mission puisqu’ils répondent, et du coup, permettent au troll de répondre. À la fin de la première séquence, le troll se fait griller et ça s’arrête là : chacun sait que quand c’est un troll en face, ça ne sert à rien de répondre.


Exemple 4. Troller, notamment dans un jeu-vidéo, consiste à humilier les adversaires. Ici, notre joueur humilie son adversaire en l’empêchant d’une manière assez comique, de revenir sur le plateforme. Il existe une manière de troller bien connu dans les FPS : le fait de s’asseoir, se remettre debout, s’asseoir, de manière répétée afin de simuler le faire l’amour et d’humilier l’adversaire qu’on a généralement tué. Ou parfois, qu’on pense pouvoir tuer et par contre, si le troll venait finalement à se faire tuer, il serait deux fois plus humilié pour avoir tenté de troller sans réussite.


La panoplie du troll

Dans les années 2010, le troll était à la mode. Il s’était même constitué une panoplie. Sa musique (ci-dessus) tout d’abord. Étrangère, exotique, dont les onomatopées et le clip sont parfaitement représentatifs de l’objectif du troll. Il s’est même attribué une trollface, toujours représentative de sa manière de troller. L’objectif étant de sortir cette panoplie que le troll est découvert, quand il a fonctionné, histoire de faire encore plus rager l’adversaire. D’ailleurs, dans ces années-là, les trollface étaient nombreuses sur les vidéos YouTube, celles où des amis se piégeaient, ou même des monstres qui réussirent à faire peur au joueur, s’acollait à leur visage (via le monteur) une trollface.


Que faire face à un troll ?

Si on ne se fait pas avoir. Rien. Alors qu’aujourd’hui des personnalités prétendent pouvoir répondre aux trolls, ils font exactement le jeu de ces derniers. Rappelez-vous : le troll fait exprès de vous énerver, avec souvent des propos auxquels il n’y croit pas. Son but est de vous énerver, que vous continuez à lui répondre et c’est pour ça que l’on répondait à l’époque : don’t feed the troll (ne nourrissez pas le troll) à ceux qui se faisaient avoir. Le troll se résume à quelqu’un, par exemple un ami, un membre de votre entourage, qui vous fait croire n’importe quoi avant que vous vous rendiez compte que c’étaient des âneries et que vous passiez pour quelqu’un de stupide, sur Internet. Il n’y a évidemment rien d’illégal. Et une fois le troll grillé, celui-ci s’arrête d’automatiquement, et même la plupart du temps, plus personne ne lui répond, voire il est bloqué. Mais le fait que certains publient des livres, ou promulguent des lois, pour faire face aux trolls démontrent un tournant. Ce tournant, ce n’est pas le changement dans le mode opératoire du trollage puisqu’il reste le même – il suffit de comparer les vidéos de troll sur YouTube de 2010 à aujourd’hui – mais c’est bien la déviation du sens de ce mot par les plus politisés, et elle trouve son origine bien évidemment sur Twitter.


Le #Dompterlestrolls (le #) démontre bien que la déviation du mot troll provient essentiellement et uniquement de Twitter. Quant à Laetitia Avia qui catégorise les trolls dans la même catégorie des haters (haineux, ceux qui ont théoriquement une vraie haine contre vous, aucun rapport avec un troll qui généralement s’en contrecarre de vous) et les comptes anonymes (censure de l’anonymat?) démontre une forte méconnaissance du sujet.


Ce n’est pas rare de se faire avoir par un troll. Par contre, c’est encore plus comique quand ce sont des personnalités ou des entreprises qui se font avoir. Là, le troll est obligé de partager son exploit. Ici, un twittos qui blague sur l’utilisation de la nourriture de la marque Feed, et la marque qui répond en prenant le tweet au premier degré.


Le troll à toutes les sauces

Si vous participez aux débats, aux polémiques (sérieuses), à la politique sur Twitter, il est probable que vous vous êtes déjà fait nommer (j’ai hésité avec « insulter » car aujourd’hui, il semble que de se faire traiter de troll est une insulte) de troll, alors que vous étiez très sûrement sérieux dans vos propos. En fait, le mot troll sur ce réseau, ô combien ouvert, ô combien complexe et plein de conneries, est utilisé à toutes les sauces. La définition originelle du mot s’est perdue dans les entrailles des TimeLine. Seuls les vieux de la veille, et bien usager d’Internet à l’époque, connaissent encore le vrai troll. Aujourd’hui, c’est plutôt un mot destiné à fermer la discussion : ce qui se faisait déjà à l’époque. Mais désormais, il importe peu que vous soyez un vrai troll ou non, c’est plutôt un prétexte pour ne pas continuer la discussion avec vous, car votre interlocuteur s’énerve, car il n’a pas envie de vous répondre, car il n’a rien à vous répondre ou bien d’autres raisons. C’est un moyen d’expression pour faire taire l’opposition. Il faut bien désigner une communauté par un nom : celui de troll fut donc repris, alors qu’il recouvre des personnes et des méthodes ô bien nombreuses. Par définition, un troll ça ne se dompte pas, ça se bloque, ça s’ignore. Le troll fera ou dira toujours le contraire de ce que vous faîtes ou de ce que vous dîtes. Mettre le troll dans la même catégorie des haters (haineux), c’est vraiment ne pas connaître le sens du troll et surtout, être si énervé, qu’on veut à tout prix les abattre. Mais n’importe qui peut être un troll, n’importe quand et pour la durée qu’il veut. Vous et moi pouvons troller une personne X dans une discussion Y pour une durée indéterminée Z. Il faudrait donc censurer la population entière. Mais censurer de quoi ? On l’a vu, les moyens de se moquer sont multiples. Mettre un troll dans la catégorie du harcèlement en ligne est également indispensable. Je pense que déjà publier un livre sur le domptage des troll démontre déjà un livre d’une piètre qualité. Mais c’est surtout que le troll, il est seul à l’œuvre la plupart du temps, fait une action précise et ne continuera pas si vous ne lui répondez pas : il a besoin d’être nourri pour continuer, aussi simple que cela. Donc si vous lui répondez consciemment, il aura le droit de répondre, ce n’est pas du harcèlement. Si vous pensez qu’il y a bien des harceleurs, il faut vous mettre dans la tête que ce ne sont pas des troll. Les mots ont un sens.

Insulter de troll

Ceux qui utilisent le mot troll à mauvais escient l’utilise dans un jargon péjoratif, comme une insulte. Mais rappelez-vous ce qu’est un troll : il est troll parce qu’il veut l’être, il peut arrêter de l’être n’importe quand, et son objectif est de se moquer. Se faire « insulter » (nommer) de troll après avoir énervé son interlocuteur est pour le troll une victoire, ce n’est pas une insulte. Mais le fait d’avoir changé la définition du mot, et de le transformer en insulte, ça permet surtout de décrédibiliser l’adversaire. C’est pour cela que c’est un excellent moyen de terminer, très vite fait, une conversation : non seulement vous n’avez pas à répondre sérieusement, mais en plus vous vous prétendez supérieur à ce prétendu troll parce que vous, vous disiez que vous aviez raison et que lui se moquait de vous. Sachez que si vous dîtes cela à un vrai troll, c’est lui qui aura gagné. Parce que son but n’est pas d’avoir raison, pour rappel, il dit et fait exactement tout le contraire de ce que vous dîtes.


Exemple 1. Ce tweet démontre parfaitement la dérive du mot troll. Mohamed Sifaoui condamne ceux qui ont signalé la photographie qu’un ami en vacances (on ne sait pas où) lui aurait partagée. Dedans, et comme dans celui-ci, il condamne le vêtement de la femme. Le troll n’a visiblement aucun rapport avec cela. Il s’agit simplement d’opposants politiques en désaccord avec les idées de Mohamed Sifaoui, et si le tweet a été supprimé, c’est qu’il enfreignait le règlement de Twitter. Très probablement parce que la femme n’a jamais accepté d’être photographiée.


Exemple 1.2. Même cas, par le même personnage, encore plus explicite. Il utilise le mot troll comme synonyme d’opposant politique.


Exemple 2. Encore une fois, voyez comment le mot troll est politisé et synonyme d’opposant politique ou d’une catégorie de population particulière. D’autant plus qu’ici, trolls islamistes en l’état ne veut rien dire, probablement souhaite-t-elle parler de théoriques soutiens islamistes.


Exemple 3. Encore une fois, politisé, et on ne sait toujours pas à quoi troll fait référence, mais c’est un bon élément de langage pour décrédibiliser.


Exemple 4. Je doute que j’ai pas besoin de vous redire pourquoi il est impossible de mettre un troll en PLS, sauf de le troller à son tour. Mais troller revient à ne pas être sérieux, donc ce ne serait pas une véritable victoire dans les idées. Bref, ici, le mot troll est encore utilisé politiquement pour décrédibiliser l’adversaire.


Finalement

Finalement, le troll n’a pas changé. Il suffit d’aller sur n’importe quelle plateforme, d’écrire le mot troll et vous remarquerez qu’il s’agit avant tout de l’humour, à sens unique et collatéral. Néanmoins, c’est bien sur Twitter, voire Facebook, réseaux sociaux politisés que le sens de troll, connoté désormais politiquement afin de décrédibiliser l’adversaire, est dévié de son sens originel. Il convient de remettre ce dernier à sa place et c’est ce pourquoi cet article a été écrit, afin de prévenir et d’apprendre à ceux qui ne la connaîtraient pas, que la définition du mot est différent. D’autant plus qu’en utilisation politique, ce mot définit une catégorie de personne souvent précise pour l’auteur, mais trop simpliste pour qu’elle soit véritablement sérieuse, et souvent indéchiffrable pour le lecteur. Il convient alors de ne pas amalgamer les deux. Soit, on accepte deux définitions du mot, qui restent simples à distinguer, même si l’utilisation politique du mot reviendrait à décrédibiliser de toutes façons son auteur. Soit, il faut remettre les choses à leur place : expliquer la vraie définition du troll, ce qui risque d’être long et difficile.

4 commentaires sur “Mais c’est quoi un (vrai) troll ?

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  1. Un troll c’est une créature mythologique c’est tout
    Le troll au sens dont tu parles vient du verbe anglais to troll du mot « trolling », qui font références à des techniques de pêche à la traine et à la cuillère et non à la créature du folklore scandinave Front de libération de trolls des cavernes

    J'aime

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