Un chantier coûteux mais réussi par la mise en valeur de l’artisanat | #1.2

À l’étonnement de l’association Hermione – La Fayette, les aides, les financements et les mécènes furent rares. Inattendue et préoccupant puisque même si de nombreux bénévoles participaient à l’opération, il fallait bien financer dans son ensemble le chantier et les professionnels qui y travaillaient. L’aide de la municipalité rochefortaise, du département Charente-Maritime et de la région Poitou-Charentes ne suffisaient pas, et l’État était inexistant jusqu’à la présidence Sarkozy et le don de 200 000 € une fois la frégate bien avancée. Il avait fallu déjà quatre ans, de 1992 (année de la création de l’association) à 1996-97 pour trouver des fonds, parallèlement aux recherches et à la conception des premiers plans. Les premiers pas sont les plus durs puisqu’un projet aussi audacieux et conséquent à peine débuté a moins tendance à attirer des mécènes qu’un navire bientôt sur l’eau. Comment l’association Hermione – La Fayette a réussi à aller jusqu’au bout de son projet sans avoir de conséquents arrêts de chantier ? Le coût final et total du projet de la réplique de l’Hermione fut selon l’association de 40 millions d’euros, dont 25 millions pour la construction. En premier lieu, l’association a connu de nombreux adhérents. En 2015, leur nombre était de 7000, une adhésion valant 25€ minimum par an (30€/an pour les adultes en 2019). Adhérer à l’association permet à chacun d’être propriétaire de la frégate et 1000 d’entre eux assistent à l’assemblée générale annuelle qui présente le bilan de l’année écoulée et les orientations de l’année à venir. Ainsi, l’Hermione est devenue un bien commun et cette méthode permet l’entière indépendance de la frégate. Selon Maryse Vital, déléguée générale de l’association Hermione – La Fayette de 1997 à 2017, l’Hermione est un « projet populaire », clé de sa réussite. Mais pour subvenir à ses besoins, l’adhésion ne suffit pas. L’association a dû trouvé d’autres stratégies pour combler le manque de moyen, comme la création de la Fondation Hermione sous l’égide de la Fondation du patrimoine qui permet à chaque donateur de bénéficier d’avantages fiscaux. Pour attirer des dons, il faut que le projet soit connu, donc médiatisé. L’opportunité s’est produite en 1999 lorsque l’émission Thalassa s’est intéressée au chantier1. Un événement médiatique qui a popularisé le projet à l’échelle nationale : « L’émission nous a offert une notoriété nationale. C’était bienvenu car nous n’avons jamais consacré beaucoup d’argent à la communication. Au début on peinait un peu pour faire venir des journalistes… » (Maryse Vital). Autre stratégie populaire et qui a bien fonctionné, c’est la mise en place de l’opération « Votre nom pour l’Hermione ». En échange d’un don de 10€, le donateur voyait son nom inscrit sur le grand pavillon. Aujourd’hui, ce pavillon est plus noir que blanc.

Mais la tactique qui a le mieux fonctionné et qui a permis au chantier de perdurer est assurément le financement par l’ouverture au public. En effet, l’association a ouvert le chantier au public afin que ce dernier puisse, en contrepartie de la billetterie (9€ pour un adulte), observer année après année, mois après mois, jour après jour, la construction de la frégate. François Asselin est un constructeur bois de l’Hermione, c’est son entreprise qui a réussi à obtenir la quasi-totalité du travail du bois du projet : « L’idée de l’association de faire un chantier in vivo n’était pas évidente au début. Les charpentiers avaient l’impression d’être des bêtes de foire. Mais au fil des années, ils se sont habitués. ». Une originalité qui a permis une revalorisation locale et mentalement du travail du bois, un travail de précision et d’une grande difficulté. Un attrait touristique sans précédent qui doit son succès à sa rareté sur un projet lui-même unique et accessible au public. Le chef de chantier Jacques Haie en parle très bien : « Nous exerçons des métiers qui ne se voient pas, des métiers de l’ombre. » tandis que Asselin ajoute « Quand on fait une charpente, dès que la couverture est posée, c’est terminé, on ne voit plus rien. Personne n’a conscience de la complexité des assemblages, ni ne mesure toute l’ingéniosité qu’il y a autour d’un bout de bois. Là, tout le monde a pu voir que c’est un vrai métier, du vrai bois, des vrais charpentiers, sentir l’odeur vraie du chêne. ». Cet immense chantier ouvert au public, popularisé par les médias, a accueilli en moyenne 250 000 visiteurs / an sur 15 ans, soit près de 4 millions de visiteurs. Cette billetterie est l’essentiel des revenus de l’Hermione. L’arsenal a fourni de l’emploi et donné de la visibilité à des métiers peu connus, devenus rares au fil du temps et qui ne se côtoyaient pas. Ainsi ont travaillé pour l’Hermione un maître charpentier, un maître forgeron, un maître coque ou encore une maître voilière. Des professionnels qui ont dû se replonger dans le passé pour entreprendre de manière précise leur tâche. Ainsi, la maître voilière Anne Renault a appris grâce à des livres anciens comme Le Manoeuvrier ou Essai sur la théorie et la pratique des mouvements du navire et des évolutions navales de Jacques-Pierre Bourdé de Villehuet2 et publié en 1765. L’interdisciplinarité s’est imposée, Aurélien Vélot nous parle d’une famille : « En ferronnerie, on passe 30, 50, 60 % du temps au maximum en forge. Le reste, c’est de l’assemblage, de la finition, etc. Au début, on fabriquait des pièces en série, on les mettait sur des palettes et on allait les stocker, et ça, franchement, ce n’est pas hyper-motivant. Mais très vite, ce qui a compté pour moi a été de me trouver avec toutes les entreprises, le charpentier, la voilière. Tous ces métiers ont travaillé ensemble sur ce projet, ça n’arrive jamais. En ferronnerie, au mieux on peut croiser les plaquistes. Jamais, sur une maison, on ne voit les charpentiers. ». Grâce à ses stratégies, l’association a réussi à collecter 40 millions d’euros et à mettre sur l’eau la réplique de la frégate Hermione qui a effectué son premier essai le 7 septembre 2014.

1 – Voir https://www.hermione.com/actualites/2015/2018/1999/288-emission-thalassa.html et https://m.ina.fr/video/CAC99019369/la-construction-de-l-hermione-video.html

2 – Jean-Pierre Bourdé de la Villehuet (1732-1789) est issu d’une famille de gens de mers et a travaillé principalement au cours de sa vie au service de la Compagnie des Indes qui a lui a donné l’expérience nécessaire pour écrire son premier traité maritime en 1765.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :