L’Hermione, le couronnement du patrimoine maritime de Rochefort | #2.1


La décision de construire la réplique de l’Hermione à Rochefort ne s’est pas prise sur un coup de tête et n’est pas arrivée tel un cheveu sur la soupe. La ville vivait principalement de son arsenal maritime, là où tout a commencé pour elle lorsqu’elle fut fondée sur la volonté du roi en 1665-1666. Cependant, au début du XXe siècle, l’envasement constant de la Charente et le faible tirant d’eau empêche l’arsenal d’accueillir les navires, en particulier les nouveaux cuirassiers, et l’aura de Bordeaux surplombe celui de Rochefort, l’activité de l’arsenal décroît. L’arsenal de Rochefort ferme en 1927 et est détruit pendant la Seconde Guerre Mondiale : sa vocation maritime est enterrée, celle pour laquelle la ville est née. La ville commence à péricliter, elle perd 10 000 habitants et 500 commerces, dans son article L’Aménagement d’une ville moyenne : Rochefort, Jean Soumagne explique parfaitement le déclin de la ville. Selon les touristes, la ville avait une allure pitoyable, aucun attrait. Sous le mandat du président Valéry Giscard d’Estaing, l’État a passé à partir de 1974 des contrats avec des villes moyennes afin de les soutenir1. Rochefort s’est portée candidate pour soutenir un projet de restauration du patrimoine maritime – parmi d’autres objectifs – rendue possible par la démilitarisation de la zone les décennies précédentes qui a permis au pouvoir municipal la reprise des terrains et bâtiments vacants. La municipalité s’est intéressée alors à la Corderie royale. Édifiée à la demande de l’intendant de marine Colbert de Terron, cousin de Colbert, le 25 mars 1666, elle est achevée en 1669 et est le premier bâtiment de ce type construit dans un arsenal maritime, avant celui de Brest et de Toulon. Cette manufacture mesure 374 mètres de long, le plus long bâtiment pré-industriel de l’Europe, car elle nécessitait de torsader les fibres sur 300 mètres, mais c’est également un instrument politique de propagande qui met en scène dans une époque où la guerre est en spectacle, la majesté du roi. Ce bâtiment peint par Joseph Vernet en 1762 dans une série de peintures de ports de France connaît un décroît de son activité en 1862 lorsque l’acier et la vapeur dû à la mutation industrielle remplace le chanvre pour le cordage, avant d’être incendié par les Allemands en 1944. Lorsque la Corderie royale est classée monument historique en 1967, Rochefort s’intéresse à nouveau à cet édifice dans l’optique d’une restauration, lancée en 1976 et terminée en 1988. Désormais, la manufacture s’est reconvertie, toujours en lien avec les flots, puisqu’elle a vu naître dans son aile sud en 1985 le Centre International de la Mer. C’est aussi lieu d’apprentissage et de compréhension de l’histoire de la Corderie, d’initiation aux nœuds marins et d’autres expériences. La Corderie royale offre un toit à d’autres structures tels que le siège du Conservatoire du littoral et la médiathèque municipale.


Joseph Vernet, Vue du port de Rochefort, prise du Magasin des colonies, huile sur toile, 165×263, 1762, Musée du Louvre

Dans le même esprit, la Poudrière a été transformée en 1985 en salle de musiques. De même, la municipalité a racheté à l’État deux formes de radoub anciens2, ceux de Louis XV (construction en 1683, achevée en 1725) et de Napoléon III (1853-1861). Très envasés, ils ont été classés monument historique et furent dévasées en 1994-1995. Rapidement, la ville portuaire a reçu le titre de « ville d’art et d’histoire » en 1987, label créé deux années auparavant et attribué à des territoires s’engageant dans une démarche active de sensibilisation au patrimoine, à l’architecture et au cadre de vie. Ce label récompense Rochefort et souligne sa politique de réhabilitation du patrimoine historique commencée dans les années 1970. Elle est la seizième ville à se l’être vue attribué, dont la première en Charente-Maritime. Pour couronner la restauration des bâtiments issus de la Marine, le maire Jean-Louis Frot et son conseil enviaient l’édification d’un bateau bouclant le patrimoine maritime de Rochefort. Ainsi, la construction de la réplique de l’Hermione (qui aurait pu être celui de La Méduse) débutée en 1997 s’inscrit dans la continuité de la restauration du patrimoine historique et en particulier maritime de la ville qui a commencé sous Giscard d’Estaing et plus généralement dans un programme politique d’essor de la ville. Elle en est le couronnement. Dans cette continuité, un sacre a eu lieu. Cet été 2019, les trois grands sites de l’arsenal que la Corderie royale, l’Accro-Mâts et l’Hermione ont été réunis sous une même marque : l’Arsenal des Mers. Ainsi, au même titre que de nombreuses autres villes touristiques, Rochefort offre à ses visiteurs la possibilité de visiter l’ensemble de ces sites, ainsi que le Musée de la Marine de Rochefort, avec un seul ticket au prix de 18,50€. Finalement, Rochefort a su se redynamiser, par le biais du tourisme, elle a réussi à vivre de son patrimoine maritime autrement. Il paraît toutefois important de revenir sur l’histoire de ce dernier et de la ville nouvelle et portuaire de Rochefort plus généralement.


Forme de radoub double Louis XV

1 – Pour Rochefort, les subventions atteignirent 6,575 millions de francs.

2 – Bassin qui permet l’accueil des navires pour leur mise à sec.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :