L’Hermione et la mission officielle de La Fayette | #3.2

Joseph-Désiré COURT, Gilbert Mottier, marquis de La Fayette, 135×100 cm, Musée national du château de Versailles

« Il est nécessaire qu’il ait à bord un logement fermé et décent. Quoique le départ de monsieur le marquis de La Fayette ne soit pas un mystère, vous jugerez cependant qu’eu égard à la nature de sa mission il convient d’agir avec toute la discrétion possible ». Cette lettre du secrétaire d’État à la Marine Sartine (1774-1780) à La Carry, commandant à Rochefort annonce l’embarcation immédiate de La Fayette à bord de l’Hermione et avec lui quelques officiers et domestiques et sous-entend une mission d’une nature extrêmement importante. Mais avant d’aller plus loin, il convient de revenir en arrière et de regarder ce qui a justifié le choix du renommé La Fayette et de l’intervention de la France aux côtés des Insurgents. La Fayette est un noble issu d’une ancienne et riche famille qui a fait carrière dans le domaine militaire. Sous la tutelle de celle-ci, il s’expérimente au même domaine en étudiant à la fois auprès des mousquetaires Noirs du roi et de l’Académie militaire de Versailles, il est promu capitaine à 17 ans. À 12 ans, après la mort de sa mère, La Fayette se retrouve orphelin et hérite d’une grande fortune qui lui permettra par la suite d’entreprendre de grands voyages rapidement, ce qui explique son jeune âge au départ de ses premières expéditions solitaires. Attentifs aux idées des philosophes des Lumières et à certaines valeurs prônées telle que la liberté, il s’intéresse à la rébellion des Insurgents face à la monarchie britannique. Cette rébellion, elle a commencé avec la Boston Tea Party. En effet, en 1773, trois navires anglais débarquent à Boston avec du thé arrivant des Indes. Problème, les négociants multiplient par trois le prix de la cargaison. Les colons, exaspérés par la hausse des taxes imposées aux colonies en 1765 sur les produits importés et exportés qui a pour objectif de rembourser la dette de la guerre de Sept Ans (1753-1765), jettent la cargaison par-dessus bord. La rébellion commence et le roi George III (1760-1820) envoie l’armée la mater et refuse d’écouter les colons qui souhaitent avoir des députés au Parlement pour légiférer sur les impôts. En 1774, dans un « congrès », les représentants des treize colonies anglaises décident désormais que la loi est écrite, faite et dite par les représentants du peuple : eux-mêmes, et la loi est votée par le peuple colon. Le dernier pas de la marche à la rébellion est le 4 juillet 1776, journée durant laquelle les représentants des treize colonies votent la déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique à l’égard de l’Angleterre. Ces colonies se retrouvent en face d’une monarchie extrêmement puissante et ont besoin d’aide. Elles ont notamment subi une défaite importante, celle de Long Island le 27 août 1776, où la monarchie a démontré sa puissance maritime. Elles envoient alors des représentants, tels que Benjamin Franklin, pour quérir l’aide de la France, l’ennemi de toujours de l’Angleterre. La Fayette, sensible à ces idées s’engagent clandestinement en 1776 à bord de La Victoire vers les États-Unis. À bord du bâtiment commercial modeste, le marquis débarque en Caroline du Sud avec une cargaison de 5000 à 6000 fusils. En contrepartie de son aide généreuse, le général Washington lui confère le grade de major général : la Fayette gagne l’estime des insurgés et se lie d’amitié avec George Washington, au point qu’il nommera son enfant Georges Washington de La Fayette, né en 1779 et qu’il aura le général pour parrain. Il obtient les commandements des armées de Virginie, sous les ordres du général, et remportent quelques victoires qui feront sa gloire. À la demande de George Washington, La Fayette rentre en France en qualité de diplomate pour dépêcher l’aide de Louis XVI. Avant son retour en France le 6 février 1779 à Brest, la France a reconnu le 6 février 1778 l’indépendance des États-Unis d’Amérique et a signé un traité de commerce et d’amitié avec le pays. Même, elle a envoyé la même année une escadre dirigée par Charles-Henri d’Estaing qui s’est octroyé en 1777 la charge nouvellement créée de vice-amiral des mers d’Asie et d’Amérique. Cette préparation à la guerre contre les Britanniques s’est faite progressivement. Non seulement par le rôle de La Fayette qui a joué de sa prestance et de sa gloire, rencontré des ministres, intrigué pour son propre compte en parlant au nom du Congrès ; mais aussi grâce à la diplomatie de Vergennes. Ce dernier a réussi à convaincre les puissances extérieures du danger que représentait l’hégémonie maritime de l’Angleterre. La France a en réalité avancé à tatillons dans ce conflit : elle souhaitait s’assurer qu’aucune guerre ne frapperait sur ses frontières lors de son intervention, impliquant de longues discussions avec l’Espagne. Désormais, une nouvelle guerre franco-anglaise fut enclenchée. Quel était le rôle de La Fayette ensuite, et à bord de l’Hermione ? La Fayette a incarné le rôle de messager. En réalité, il voulait mieux et a demandé mieux : le commandement du corps armé destiné à rejoindre les Amériques. « Si je commande, écrit-il à Vergennes, vous pouvez agir en toute sûreté, parce que les Américains me connaissent trop pour que je puisse leur exciter de fausses inquiétudes. ». Méfiant de La Fayette, la monarchie ne lui confia pas de troupes, mais la charge officielle d’aller annoncer à Washington et au Congrès la future arrivée du corps expéditionnaire français, l’autorisation de reprendre ses services au sein de l’armée américaine et la précision expliquant que les troupes françaises étaient des auxiliaires placées sous le commandement du général en place : Washington. Si ce rôle fut confié à La Fayette, c’est bien pour sa proximité avec les Insurgents. Et si sa mission devait se réaliser dans une certaine discrétion, c’était pour ne pas attirer l’attention des Anglais. Si l’Hermione fut choisie, cette frégate à la vitesse de 13 à 15 nœuds, c’est probablement pour son rôle de messager, sa vitesse et sa capacité à se défendre en cas d’attaque. Finalement, L’Hermione quitte Rochefort le 23 janvier 1780 pour atteindre Port-des-Barques le 10 mars 1780 où La Fayette monte à bord1. Mission officielle entre ses mains, il traverse l’Atlantique pour débarquer à Boston le 27 avril 1780. Mais l’histoire de l’Hermione ne s’arrête pas là.


1 – Bien que la date d’arrivée à Boston le 27 avril 1780 soit admise, on trouve plusieurs dates et lieux quant à celle de l’appareillage de La Fayette, dont celle du 21 mars 1780, ou d’un départ depuis l’île d’Aix. La date reprise ici, le 10 mars 1780, est issue du site de l’association Hermione – La Fayette, et le lieu d’appareillage du marquis repris est celui du Pont-des-Barques dans lequel on retrouve cette anecdote sur le site de Rochefort-Océan et où se trouve une stèle à son effigie au bord de la jetée, indiquant par ailleurs la date du 10 mars 1780.


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