De Rochefort à l’outre-Atlantique : la mémoire du passé | #1.3

Rochefort-Boston pour 2015 avec essais de navigation sur les côtes charentaises en 2014, c’est du moins le programme que prévoyait en 2012 l’association… et qui a été respecté. L’organisation est bien rodée ce qui permet à la communication de l’association de fort bien fonctionner. En effet, à l’occasion du changement nécessaire de radoub en 2012 et par conséquent de la première mise à l’eau de l’Hermione, son premier contact avec la Charente, l’événement fut consacré. Durant trois jours, du vendredi 6 au dimanche 8 juillet 2012, Rochefort était en fête. Dès le jeudi soir, 60 à 70 bateaux classiques dont le Belem et le Mutin ont échauffé la foule qui s’est enflammée le lendemain, le 6 juillet, lors de la sortie en fanfare de l’Hermione. Un premier pas – réel – vers la finalité du projet. Cette sortie de la cale de Louis XIV pour mouiller dans celle de Napoléon III fut un véritable succès, réunissant au bas mot 50 000 personnes, des responsables politiques dont le ministre des Transports et de l’Économie maritime Frédéric Cuviller. Pendant que la frégate, sans gréement et sans voile, naviguait devant la foule sous le son ambiant de Santiano avec des marins en costumes et des danseuses à bord, l’Hermione fut baptisée par une pluie de feuilles de chêne : cérémonial typique lors des lancements de navires de la Marine royale au XVIIIe siècle. Plus en hauteur, deux enfants, une Française et un Américain, sur des trapèzes déployaient de longs drapeaux de leur pays, symbole de la fraternité franco-américaine. Un succès révélateur de la réussite de la communication du projet et de sa portée à travers le pays et à l’étranger : un succès pour l’Hermione, un succès pour Rochefort. Benedict Donnelly, le président de l’association, disait : « C’est une double renaissance : celle d’un navire que la France avait oublié et celle d’un arsenal qui avait été détruit en 1944. ».




Après son baptême de fleuve, l’Hermione vécu deux ans plus tard, le dimanche 7 septembre 2014, son baptême de mer. De Rochefort à l’île d’Aix, deux mois voguant le long de la façade atlantique vers Brest avec une escale à Bordeaux sont les préparations nécessaires au grand voyage. Évidemment, la renommée de l’Hermione accentua toute sa famille à l’applaudir : à l’embouchure de la Charente se présentait « des milliers de bateaux, à voile, à moteur, canoë, plates d’ostréiculteurs ». Une véritable escorte qui adviendra progressivement une habitude. Avec prudence lors des mauvaises conditions climatiques, les tests furent un succès pour l’Hermione qui rentra à Rochefort en novembre 2014 : il n’y a plus qu’à préparer et financer le voyage vers les États-Unis. Dès 2014, l’association Hermione – La Fayette avait estimé son financement du voyage : 3 millions d’euros étaient nécessaires. Si proche du but, le mécénat intervient et prend en charge aux deux tiers la somme totale, sa particularité et son intérêt résident dans sa double nationalité : français et américain. Un mécénat qui se présente avec des liens historiques et entendent les entretenir, sans renier à poncer leur image et à alimenter leurs intérêts. C’est le cas par exemple du groupe Moët Hennessy qui constitue la branche « Vins & Spiritueux » du groupe LVMH. Selon l’association, une de ses maisons a été fondée en 1765, à Cognac, par Richard Hennessy, un contemporain de La Fayette. Les justifications de Moët Hennessy sont selon la même source la mise en valeur de « la formation professionnelle, la revalorisation des métiers d’art et le développement durable ». Quoi qu’il en soit, le groupe est devenu le premier sponsor privé de l’Hermione, une opportunité puisque les États-Unis représentent le premier marché à l’export de cette maison de cognac qui a embarqué deux barriques de son célèbre breuvage à bord. De l’autre côté, c’est le sponsoring américain qui prend en charge les 2 millions d’euros que coûteront les escales du navire et qui vivifie l’événement outre-atlantique. Ainsi, le 14 octobre 2014, le porte-avion Intrepid à New-York a accueilli un gala de soutien organisé par l’association « Friends of Hermione Lafayette in America » réunissant des personnalités comme Henry Kissinger ou encore Christine Lagarde et quelques autres 650 invités. Pour entreprendre ce long voyage, il faut un équipage, choisi principalement pour leur enthousiasme. Plus de 2500 candidats ont déposé leur CV, la sélection fut drastique pour les gabiers devant réaliser plusieurs épreuves, celle de la voilure, l’étude des termes de marine, des techniques de travail et suivre deux mois de formation. L’équipage d’environ 80 personnes est composée d’un tiers de femmes et deux tiers d’hommes, avec une moyenne d’âge d’environ 25 ans. Ce déséquilibre est souhaité puisque les manœuvres sont extrêmement physiques, une évolution puisqu’à l’époque de La Fayette, aucune femme n’était présente à bord. Plus précisément, l’équipage compte une quinzaine de marins professionnels (officiers, maistrance, matelots), 55 à 60 volontaires (les gabiers) et 7 surnuméraires (journalistes, techniciens). Une formation prise à la charge de l’association puisque aucune compagnie ne voulait former autant de gabiers et prendre autant de responsabilités, et de risques.



Une fois équipée, le voyage vers les États-Unis peut commencer. L’association a toujours vu à travers sa frégate un lien extrêmement fort avec La Fayette et les États-Unis, la traversée de l’Atlantique sur les pas du marquis s’imposait donc. Du 18 avril 2015 au départ de l’île d’Aix au retour à Rochefort le 29 août 2015, l’Hermione comptabilise au total 18 étapes. L’objectif ? Entretenir la mémoire du passé, à chaque étape, un événement, un combat important rappelant les valeurs que la frégate porte, celle de la liberté (pour l’indépendance), celle de la solidarité (alliance entre France et Insurgents), celle de la démocratie (les insurgés s’étaient rassemblé en Congrès). Prenant le vent marin des Canaries début mai, la frégate fonce vers Yorktown, puis Mount Vernon, Alexandria, Annapolis, Baltimore, Philadelphie, New York, Green Port, Newport, Boston, Castine, Haliphax, Saint-Pierre et Miquelon puis Brest, Bordeaux et le retour à Rochefort, autant d’étapes sélectionnées avec soin. À Yorktown, dans l’entrée de la baie de la Chesapeake, l’Hermione a participé à une bataille décisive en septembre 1781. À Philadelphie, les membres du Congrès américain ont été reçus en mai 1781 à bord de la frégate. À New-York, c’est l’occasion de saluer la Statue de la Liberté. À Boston, le point de départ de la révolution américaine où s’est déroulée la Boston Tea Party et où La Fayette a débarqué le 28 avril 1780 de l’Hermione. Ainsi, la frégate française fut bien un trait d’union entre la France et les États-Unis ; 225 ans après, le voyage recommence et symbolise à nouveau l’amitié franco-américaine, avant un retour à Rochefort, le berceau des deux Hermione.




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