De Boston au naufrage, réflexion sur la renommée de la frégate | #3.3

L’Hermione connaît de multiples péripéties après son arrivée à Boston et même une triste fin. Étrangement, bien que nous ayons quasiment tous entendu parler de ce navire – du moins de nom – nous avons tendance à ne connaître que son trajet direct sans embûches France – États-Unis ainsi que son passager, sans connaître davantage l’intense vie de cette frégate. Déjà, comme sous-entendu, l’Hermione n’a pas connu une traversée aussi facile que la légende le prétend, ce qui d’ailleurs, selon moi, enrichie l’héroïsme de la frégate. Pour commencer, l’Hermione et son commandant La Touche-Tréville qui, rappelons-le, est un militaire expérimenté se trouve être pendant son voyage particulièrement agressif envers les navires étrangers. En témoigne son journal de bord, où entre le 1 et 7 juin, le long de la côte de Long Island, La Touche-Tréville s’est emparé du Recovery, navire anglais commandé par le capitaine Georges Eavans’ qui transportait du sel des Bermudes à New-York. Plus tard, le mercredi 7 juin, La Touche-Tréville rencontre un autre navire anglais, l’Iris, contre lequel il raconte dans son journal une bataille épique dont on ne peut donner le nom du vainqueur. Ce qui est particulièrement intéressant à lire avec cet extrait, ce n’est non pas le récit difficile à lire pour les novices du langage maritime, mais la liste des tués et des blessés dans le combat dont on dispose le nom, la fonction et le lieu de la mort, à titre d’exemple, notons : « André Chain ; matelot ; sur le gaillard d’arrière ». Quant aux blessés, la nature de leur calvaire est décrit : « une légère contusion côté gauche » ; « brûlure considérable à la cuisse, au genou et à la jambe » ; « trois doigts de la main droite emportée ». Nous avons ensuite l’état des dommages et des avaries reçus dans le combat. Par article, le matelot spécialisé comme par exemple le charpentier fait la liste des dégâts : « La jumelle du mât de misaine coupée au-dessous des jottereaux » ou de même pour le maître voilier : « 30 boulets ou mitrailles dans la grande voile ». Les dégâts sont conséquents pour l’Hermione mais également pour l’Iris. Le capitaine français fait la liste des tirs : « J’ai tiré dans ce combat 260 coups de canon, 140 coups de pierriers, 1280 coups de fusils et d’espingoles », le tout pour une bataille d’une heure et demie1. Mais n’est-ce pas une victoire française dans ce combat prétentieusement engagé face à une flotte de quatre vaisseaux ennemis ? Dans le journal, le capitaine français « a reconnu un sloop de guerre, un schonner, un senault et un bâtiment à trois mâts que j’ai jugé frégate ». Anecdote intéressante, ce combat a constitué une rivalité médiatique pour laquelle nous avons retrouvé la copie d’une lettre de la Fayette au capitaine de l’Iris, Hawker, dans laquelle le marquis s’indigne de la la victoire que Hawker prétend avoir remportée dans la gazette de New York2. Continuons, l’Hermione participe à la bataille du Cap Henry le 16 mars 1781. Bataille livrée dans la baie de Chesapeake entre la France, conduite par le capitaine Charles Sochet des Touches, et la Grande-Bretagne conduite par l’amiral Marriott Arbuthnot, bataille se soldant par une défaite française. Outre des batailles, la frégate a reçu sur son pont le 4 mai 1781 le Congrès américain à Philadelphie. Vous noterez que nous passons en revue beaucoup d’événements et de sites que la réplique de l’Hermione a traversé lors de son voyage en 2015 et dont nous avons précédemment parlé. 21 juillet 1781, la frégate française participe de nouveau aux combats, peint par Auguste-Louis de Rossel, aux côtés de l’Astrée mettant en déroute six navires anglais, plus précisément un convoi de charbon et son escorte. En septembre 1781, l’Hermione participe à la bataille décisive de Yorktown qui s’est déroulée du 28 septembre au 19 octobre 1781. Alors que le général Lord Cornwallis occupait Yorktown avec ses 7500 hommes, Rochambeau, La Fayette et George Washington l’apprirent et marchèrent vers la ville. De son côté, l’amiral français De Grasse mouillait dans la baie de Chesapeake et la flotte française s’avéra un atout dans la bataille. En effet, elle a assuré pendant toute la durée du combat, principalement français et de siège, le blocus du port de Yorktown empêchant le ravitaillement des Britanniques. Cette victoire franco-américaine par l’abandon des Britanniques est décisive et la bataille de Yorktown (terrestre) est avec le bataille de Chesapeake (navale) sans doute la plus connue.



Entre temps, l’Hermione a changé plusieurs fois de commandants, La Touche-Tréville étant retourné en France. Février 1782, la frégate française repart pour la France, y mouille le 25 à l’île d’Aix pour repartir le 2 septembre 1782 sous la commandement de François Bérauld du Pérou. Désormais débute un nouvel épisode de l’Hermione, bien moins connue, celui de la campagne aux Indes. Elle rejoint l’escadre du vice-amiral Pierre André de Suffren qui combat les Britanniques pour le contrôle commercial et colonial du golfe du Bengale et de la route des Indes. Elle ne participa pas à la bataille décisive, la paix signée en septembre 1783, l’Hermione revient à Rochefort en 1784. Et là, trou noir. Nous n’avons pas d’informations de l’activité de l’Hermione pendant 9 ans : elle disparaît des radars… jusqu’à son naufrage en 1793. Cette année-là, elle participe comme à son habitude dans la lutte face à l’Angleterre, et également face aux Vendéens sous la commandement du capitaine de vaisseau Pierre Martin, elle est postée dans l’estuaire de la Loire et appuie les troupes républicaines. Jusqu’au jour de son naufrage, le 20 septembre 1793. L’Hermione s’échoue sur des rochers au large du Croisic et disparaît au fond de l’Atlantique. En 2005, des fouilles retrouveront son ancre d’une longueur de 4 mètres et de 2 tonnes. Les circonstances de son naufrage semblent être claires sans aller dans le détail. L’équipage aurait été peu expérimenté, des erreurs de navigation auraient été faites et sans l’ombre d’un combat, l’Hermione s’effondre, emportant avec elle toute son histoire. Mais l’Hermione a connu une vie de rébellion, à la fois aux côtés des Insurgents, bien qu’au service du roi français, et à la fois aux côtés des révolutionnaires français : une vie de combat pour la liberté, une vie de combat contre la monarchie, une vie de combat face à l’oppression. Un combat et une histoire qui n’est pas sans rappeler les idéaux maçonniques. De même quant aux personnages : La Fayette et La Touche-Tréville étaient francs-maçons. Ne serait-ce pas les raisons d’un succès ? Pourquoi entendons-nous parler de l’Hermione tant à l’école ou dans la vie alors que ce n’est pas un objet par habitude étudié ? Pour lequel tout profane ne peut pas produire un paragraphe intéressant de plus de cinq lignes ? Le prestige de l’Hermione finalement ne correspond pas tant à ses victoires militaires qu’à sa victoire idéologique. Bien sûr qu’elle a remporté des combats, parfois au pari prétentieux, et que sans eux, l’histoire ne serait pas la même que ce qu’elle est aujourd’hui. Mais n’est-ce pas pour son lien avec La Fayette, avec les États-Unis, avec leur guerre d’indépendance que nous la connaissons avant-tout ? Aujourd’hui encore, et le voyage de la réplique le traduit parfaitement, les liens entre les États-Unis et la France sont à travers l’Hermione très forts. Le frégate, tout autant que le marquis qui a laissé son empreinte, ses vestiges dans le pays des Insurgents, est un trait d’union entre la France et les États-Unis, bien qu’elle fut née avant-tout par un désir de revanche contre l’ennemi britannique. Il n’était en effet pas bon pour Louis XVI, roi d’une monarchie absolue de droit divin, très critiquée par les Lumières et l’opinion publique naissante, et dont l’image se dégradait auprès de ses nobles et du peuple, de soutenir une révolution contre une monarchie, de soutenir des insurgés professant des idées nouvelles anti-monarchiques, de soutenir une politique contraire à son propre régime, et avec un recul, des idées républicaines. N’est-ce pas là un autre lien triangulaire entre la France, les États-Unis et l’Hermione : la République ?

1 – L’extrait est disponible à l’adresse suivante : https://httphermione.monsite-orange.fr/file/9fe8806814d01fef7eb37adf2307ded3.pdf

2 – Documents consultables ici : http://www.histoire-de-fregates.com/hermione?id=115&fbclid=IwAR2ntUB3jtRNau8poTXJXybImshN_w9tvOXCgGq2JPNEPa8DMEDtdCYzVNk


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