Comment le Figaro et ses journalistes exploitent les stagiaires

Prendre des stagiaires non rémunérés l’été pour remplacer des journalistes qui vont se la couler douce en vacances est un concept souvent utilisé et jamais assez dénoncé. Sous le prétexte d’un stage enrichissant, et alors que le Figaro possède largement les moyens pour rémunérer un stagiaire, j’épingle le journaliste Marc Landré, rédacteur en chef du service économie France du Figaro et son soutien Cyrille Lachevre, ex-journaliste du Figaro concernant l’exploitation de stagiaires.

Recherche d’une main d’œuvre gratuite

C’est en effet sur son compte Twitter que Marc Landré recherche « deux stagiaires » « comme chaque année » (réitération de l’abus) pour le « mois de juillet et août » (presque deux mois) pour son service, particulièrement Economie France du Figaro. Ensuite, il explique les motivations qui pousserait le stagiaire à postuler : « Un stage de 2 mois pour rédiger de vrais articles print et web, et vivre une expérience enrichissante à nos côtés. Motivation et CV à m’adresser par mail ». Finalement, c’est un vrai travail avec beaucoup de choses à faire, un remplacement en fait… Mais où est la rémunération ?

En fait, Marc Landré se le cache bien de ne rien divulguer au sujet du salaire inexistant, alors qu’il dit pourtant bien que c’est un stage de 2 mois, durée où légalement il est obligatoire de rémunérer le stagiaire. C’est seulement plus tard, lorsqu’il est interpellé par un intéressé qu’il choisit de préciser les dates : « Le stage débute le 1er lundi de juillet et se termine le dernier vendredi d’août. Le nombre de semaines entre ces deux dates varient chaque année. ». Un stage de début juillet à fin août, c’est-à-dire un travail qui dans le ressenti fait deux mois qui mais en réalité, il manque à peine une pauvre journée pour que légalement, le travail soit obligatoirement rémunéré !

Donc en fait, Marc Landré se plaît à choisir deux stagiaires qui feront en vérité un remplacement de journalistes, avec la dose travail qui convient au poste dans les extrêmes limites légales temporelles pour ne pas avoir à les payer. C’est bien de l’exploitation dégueulasse de stagiaires. Mais en est-il étonnant de la part d’un rédacteur en chef d’économie travaillant dans un journal de droite que d’exploiter librement des jeunes qui ont la nécessité d’avoir une expérience professionnelle pour avancer dans leur vie ? Ce qui relève également de l’immoralité, c’est de ne pas révéler cette exploitation en masquant le fait qu’il n’y aura pas de rémunération. Ne dites-plus pour un stagiaire : « aucune rémunération » mais bien « sous les conditions légales de rétribution de stages », c’est-à-dire pas de rémunération obligatoire pour les stages en deçà de deux mois comme le stipule la loi. Qu’elle est belle cette « grande rédaction nationale ».

Alors, vous ne serez pas étonné que je ne sois pas le seul à avoir remarquer ce comportement, cet abus. Nombreux sont ceux qui l’ont interpellé et qui ne sont pas dupes. Marc Landré a décidé de réagir en répondant ceci : « J’invite les écervelés qui me traitent de négrier pour proposer cet été un stage de 2 mois rétribué aux conditions légales à des jeunes (en journalisme ou pas) à: 1/ relire leurs cours d’histoire 2/ interroger des ex-stagiaires dont certains travaillent toujours au @Le_Figaro ». D’une part, je n’ai pas vu dans les commentaires une seule fois le terme de négrier. Et si un commentaire en faisait usage, ce serait bien le seul. C’est surtout une stratégie d’argumentation qui consiste à utiliser le mot le plus extrême pour relativiser son comportement nauséabond. D’autre part, retenons quand même l’expression « rétribué aux conditions légales à des jeunes », c’est-à-dire zéro et il s’en vante bien que c’est légal. Chaque année, il abuse légalement de stagiaire. Je ne reviendrais pas sur l’insulte d’écervelé sur ceux qui ne sont pas dupes de la manœuvre. Et pourquoi devrait-on interroger ses amis qui travaillent dans le même journal que lui, dans ce même journal à qui ils doivent par ailleurs obéissance ?

Exploiter sous le prétexte du stage enrichissant

Bref, après ce commentaire, un ex-journaliste et ami ce de Monsieur, Cyrille Lachevre trouve que c’est un « truc de dingue » que de se faire interpeller pour de l’exploitation d’une main d’œuvre gratuite… Après une facepalm, j’ai décidé de les interpeller, d’abord avec de l’ironie. « Truc de dingue en effet de se faire remplacer parce qu’on part en vacances par des gens à qui on offre pas de CDD mais un stage pile dans la limite de temps qui fait que la rémunération n’est pas obligatoire. Dingue en effet ! De droite et service économique dans le média : si heureux que vous êtes d’avoir des travailleurs gratos sous prétexte d’un stage ». Ce qui est intéressant, ce sont les réponses qui vont suivre et qui démontrent qu’ils exploitent bien et en pleine conscience les stagiaires.

Ce cher Cyrille Lachevre m’a répondu ceci : « Cher monsieur le journalisme comme nombre d’autres métiers ne s’apprend pas à l’école mais avec des maîtres dans un long processus d’apprentissage. Et j’ai eu des stagiaires que je n’ai pas exploité ravis d’avoir un maître et qui sont devenus de formidables journalistes ». Devant cette réponse qui louait l’expérience professionnelle et qui exprimait l’inutilité des écoles et qui prouvait que lui aussi – sûrement quand il était encore au Figaro – prenait (exploitait?) des stagiaires, Marc Landré lui répondait « Pas mieux, mon Cyrille. ». Vous noterez la relation de complicité entre ces deux personnages.

Mais j’ai clairement vu qu’il me (nous) prenait pour des stupides, alors j’ai rétorqué après avoir demandé l’utilité des CFJ (Centre de Formation des Journalistes) : « Arrêtez de nous prendre pour des stupides quand même ou alors argumentez les raisons de ne pas les prendre en CDD car ils auraient la même formation que vous prétendez géniale et nécessaire tel un stagiaire mais en plus d’être rémunéré, indispensable aujourd’hui. ». Au fond se cache sous le prétexte d’un stage enrichissant et nécessaire une main d’œuvre gratuite, joliment exploitée par les entreprises et par ces journalistes en toute âme et conscience, puisque la rémunération – motif de motivation et surtout plus que nécessaire aujourd’hui – ne serait pas une contrainte pour l’étudiant, bien au contraire, mais un plus pour le stagiaire et qui n’enlèverait absolument rien à ce qu’apporterait le stage à l’étudiant. N’oublions pas que pour une entreprise, son but est de se faire un maximum d’argent et donc de réduire les dépenses.

Alors, l’ami du concerné continue la discussion et répond à côté de la plaque : « 1. Des écoles comme le CFJ envoient des élèves en stage l’été 2. Toutes les écoles font cela et il n’y a rien de honteux 3. je n’ai pas fait le CFJ tous les journalistes ne l’ont pas fait et je maintiens que rien ne vaut la transmission au quotidien ». En fait, ici, il me parle des centres de formation de journalisme, il s’éloigne totalement du sujet principal qui concerne la rémunération des stagiaires. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il n’a plus rien à répondre. Que c’est déjà un aveu.

Donc je décide d’enfoncer le clou : « Donc zéro argument sur le sujet principal du pourquoi ne pas rémunérer en plus ces gens-là. Parce que vous vous servez du stage à ses limites les plus extrêmes pour ne rien avoir à payer. Merci pour cet aveu. Les écoles envoient en stage et pas en emploi, pourquoi ? Car il faut bien une formation à l’étudiant et elle ne peut pas imposer à l’entreprise de le payer. Et les entreprises s’en servent, comme vous, alors que le Figaro a largement les moyens de les payer. ». Finalement, Cyrille Lachevre conclut la conversation par un message amical : « Cher monsieur je vois que vous êtes étudiant je vous souhaite beaucoup de réussite dans votre future emploi et vos futures démarches auprès des entreprises ».

Bouche bée est-il devant ce constat : il n’a plus rien à répondre à l’exploitation avérée et légale mais totalement immorale des stagiaires. Ce qui me terrifie et m’énerve le plus, c’est ce prétexte du stage enrichissant et du besoin d’avoir une expérience professionnelle qu’ils utilisent consciemment pour justifier leur abus, alors que ça n’empêche en rien la rémunération, la gratification du stagiaire qui devient dans ce contexte un véritable remplaçant puisqu’il fera le même travail que ces journalistes en vacances. Un abus dans lequel il faut sans cesse se lever et dénoncer, car c’est la porte d’entrée de l’esclavage moderne, c’est la porte ouverte à tous les abus pour de moins en moins rémunérer les travailleurs, avoir de la main d’œuvre plus soumise et moins chère, alors qu’à l’opposé, les actionnaires dans leur canapé se gavent.

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