Chroniques du Zimbabwe #1 – Premier pas vers la démocratie

J’ai décidé de réserver mon intérêt à quelques pays pour un temps indéterminé et de partager ces connaissances – quelque peu vulgarisées – avec vous à travers ces différentes chroniques où à la fin de chacune d’entre elles se trouvent les sources utilisées.

Zimbabwe-flag-resized-1523885016

Mon premier choix est le Zimbabwe, ce pays africain dans une détresse économique qui s’est récemment séparé de Robert Mugabe, homme de pouvoir sans partage depuis l’indépendance du pays en 1980 (premier ministre de 1980 à 1987 et président de 1987 à 2017). Ce pays découvre, porte après porte, la démocratie et ses enjeux et même si une nouvelle Constitution fut promulguée récemment – en 2013 – et que le président autocrate fut contraint de démissionner après un coup d’État, il n’est pas sans savoir que l’actuel parti au pouvoir, le ZANU-PF, est également l’ex-parti politique de Mugabe. 

Pour autant, même si je suis certain qu’elle est passionnante, je ne ferais pas l’Histoire de ce pays. Je prends comme point de départ le règne de Mugabe et en particulier la rédaction par deux opposants politiques de la Constitution du pays. Au fil des chroniques, j’expliquerai autant que possible l’actualité du Zimbabwe sans savoir quand je m’arrêterai ni à quelle régularité elles seront postées. Mais il est certain que ce pays qui connaît actuellement un long et grand chapitre d’Histoire m’intéresse et devrait vous intéresser. Le Zimbabwe découvre la démocratie

Pour commencer, cette chronique s’attardera sur le contexte de l’écriture et la promulgation de la Constitution du Zimbabwe, premier pas vers la fin de la dérive autoritaire du pays africain. 

Une élection présidentielle qui tourne mal

« Parfois, le parlement estime qu’il est tellement souverain qu’il devrait contrôler les actions des dirigeants. C’est faux ! ». Ces mots furent prononcés par le président Robert Mugabe (1987-2017) lorsqu’il signa le projet de Constitution en 2013. Faisons un petit retour en arrière… 

Mugabe
Mugabe, président du Zimbabwe (1987-2017)

Ce dictateur violant les droits et libertés de l’Homme est resté accroché au pouvoir telle une moule à son rocher jusqu’au coup d’Etat de 2017. Il a laissé derrière lui un bilan catastrophique pour le Zimbabwe. Régulièrement lors des élections présidentielles, Mugabe et le parti au pouvoir (ZANU-PF) sont soupçonnés de fraude électorale, mais c’est lors des élections présidentielles de 2008 que tout a commencé. Ces élections se déroulent sous un climat de violences, d’intimidations, de répression de l’opposition décriée par la communauté internationale. On compte dans le bilan actuel 113 morts, environ 10 000 blessés et 5000 partisans du MDC (l’opposition, Mouvement pour le changement démocratique) portés disparus. Ce climat dangereux et autoritaire a obligé la communauté internationale à réagir, dépêchant une commission (la COPAC) chargée de rédiger une nouvelle constitution.

 

Rédaction et promulgation de la Constitution

Mwonzora
Mwonzora (MDC)

Deux personnages centraux sont désignés et sont à remarquer dans la COPAC. D’une part, Mwonzora (membre de l’opposition, du MDC) et d’autre part Mangwana (du ZANU-PF, parti au pouvoir) sont deux parlementaires chargés de diriger et de coordonner l’écriture du nouveau texte législatif. Mais très vite, les premières réunions démocratiques publiques où le peuple peut donner son avis et ses idées sont sabotées par le pouvoir en place, que ce soit l’intimidation ou des militants du ZANU-PF transportés en car pour envahir ces différentes réunions. Mwonzora fut même emprisonné injustement, sur des faits qui remonteraient une dizaine d’années auparavant alors que des séances cruciales de l’étude du projet se tenaient. 

mangwana
Mangwana

La rédaction de la constitution fut très longue, dépassant si je ne me trompe pas de quelques années les délais donnés, mais le texte législatif fut approuvé par le peuple du Zimbabwe par référendum en mars 2013 avec 3 079 966 « oui » (94,49%) contre 179 486 « non » et mis en place concrètement après la démission de Mugabe.

 C’est une avancée majeure pour ce pays africain. Mais il y a encore beaucoup de progrès à faire, sont par exemple inscrits dans la Constitution qui est le plus haut texte juridique la peine de mort ou l’interdiction du mariage homosexuel. La nouvelle Constitution met pour la première fois un frein au mandat présidentiel, limité à deux périodes de 5 ans. Ce texte de loi n’étant pas rétroactif, Mugabe peut se présenter à l’élection présidentielle de 2013 et la remporte avec 61% des voix face à Morgan Tsvangirai, candidat du MDC et premier ministre de 2009 à 2013 faisant office de contre-pouvoir dans cette cohabitation. Ainsi, nous pouvons voir que malgré cet apport démocratique largement approuvé par la population, la démocratie et le renouveau n’est la priorité de ce pays en pleine détresse économique et les Zimbabwéens préfèrent à cet instant une stabilité politique. La Constitution supprime parallèlement le poste du Premier ministre mais renforce les pouvoirs du Parlement. Elle doit aussi protéger les Zimbabwéens contre toute forme de violence et de torture et garantir la liberté d’expression.

Durant ces années de rédaction, Mangwana a ouvert les yeux sur les dérives autoritaires du pouvoir et la nécessité d’une Constitution. Finalement, il s’est beaucoup rapproché de Mwonzora.


AUTRES SOURCES COMPLEMENTAIRES

  • Se référer également aux annotations dans les articles Wikipédia

Le documentaire Democrats (https://www.netflix.com/fr/title/80052683) disponible en VOSTFR sur Netflix suit précisément les deux parlementaires et l’écriture de la Constitution. C’est un documentaire réalisé pendant trois ans au Zimbabwe, de l’écriture à la promulgation du texte législatif. Il a remporté de nombreux prix et est un précieux témoignage. Le site officiel : democratsthefilm.com/ … Je vous invite à la lire ma critique de ce documentaire –> https://leschroniquesdejeremydaflon.wordpress.com/2018/08/15/democrats/

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/le-saigneur-du-zimbabwe_477039.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Élection_présidentielle_zimbabwéenne_de_2008#Controverse

https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Mugabe

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :