Non, pas d’honneur pour le dictateur Erdogan !

FRANCE-TURQUIE

Quand l’on clique sur l’agenda du président sur le site de l’Elysée, on peut lire pour le vendredi 05 janvier 2018 : « entretien suivi d’un déjeuner en l’honneur de M. Recep Tayyup ERDOGAN » à 13h00. J’ai été stupéfait que l’on puisse écrire les termes « en l’honneur » pour un dictateur autoritaire qui censure, bâillonne et emprisonne toute opposition sous le prétexte d’un putsch. Bientôt, on apprendra que tout le pays a organisé cette tentative de renversement. Je tiens à rappeler, d’après les chiffres du journal Ouest France que 55 000 personnes ont été emprisonnées et plus de 140 000 ont été limogées et suspendues. Je pense que même la complosphère n’arriverait pas à atteindre ces chiffres-là ; c’est-à-dire que soit Erdogan est un hyper-paranoïaque, soit c’est un dictateur autoritaire. Parmi ces personnes emprisonnées, de nombreux journalistes, universitaires et même le directeur d’Amnesty International Turquie : des gens pouvant s’avérer embêtant pour un chef d’Etat qui ne prône pas la liberté, l’égalité et la fraternité… En effet, le journaliste informe, l’universitaire éduque et Amnesty milite pour les droits de l’Homme : de quoi faire bouger les mentalités ; et pour un dictateur, le meilleur moyen de rester au pouvoir est le contrôle (la manipulation) des individus.

Erdogan

On dit souvent, et je le crois, que la discussion est le meilleur moyen diplomatique de régler un problème. Outre la formule « en l’honneur » qui est assez déroutante et à vomir, cette rencontre n’est pas forcément géniale. Erdogan souhaite que la Turquie entre dans l’Union Européenne depuis un certain temps ; d’après Ouest France, il veut même compléter sa liste d’amis et voir sa liste d’ennemis diminuer. Mais puisqu’il reste des chefs d’Etat assez gauchistes et fraternels, même si c’est en voie de disparition, ce n’est pas le plus évident pour le dirigeant turc ; alors il faudra, j’imagine, quelque chose en contrepartie.

Mais si l’on oublie cette « chose » en contrepartie, l’idée de l’entrée de la Turquie en dans l’UE m’effraie. Nous ne pouvons pas faire entrer n’importe qui à l’intérieur, sous prétexte que l’Union Européenne n’est pas encore assez grande et puissante pour faire face aux USA ou à la Russie, voire aux pays arabes. Et ce n’est pas parce que Erdogan libérera un ou deux prisonniers qu’il faudra inviter son pays. Si jamais la Turquie devait entrer dans l’Union Européenne, il faudrait que ce soit un autre dirigeant aux méthodes bien plus démocratiques, égalitaires, fraternelles et libérales. Cette candidature turque doit être rejetée. Au moins, sur ce point, la chancelière allemande Angela Merkel est d’accord, mais en contradiction avec Emmanuel Macron qui réfute cette idée d’arrêt aux négociations et affirme que la Turquie est un « partenaire essentiel » sur l’accueil des migrants, notamment. Et là-dessus, le président français a raison. Actuellement, la Turquie accueille plus de 2,9 millions de réfugiés, en contrepartie de la perception d’aides financières de l’Union Européenne. Il ne faut pas oublier que le pays turc est limitrophe à la Syrie, ce qui fait qu’il est rapidement submergé et bien plus accessible aux migrants et réfugiés que les pays européens.

Réfugiésdéplacédanslemonde

Lors de la cérémonie des vœux de presse d’Emmanuel Macron ce 03 janvier,  il a indiqué : « Je continuerai d’évoquer avec la Turquie la situation des journalistes emprisonnés, empêché d’exercer leur métier ». Mais c’est là où les mots « continuerai » et « évoquer » sont importants. S’il y a continuation, ça veut dire qu’auparavant, il y a eu un début et que donc la ou les premières fois n’ont pas fonctionnées. Pourquoi, cette fois-ci, cela fonctionnerait-il ? Pour quelles raisons ? Mais le mot « évoquer » est encore plus choquant. Je n’ai pas fait de bac littéraire, mais en consultant les différents dictionnaires présents sur le net ; on apprend facilement que le mot veut dire « rappeler quelque chose au souvenir [de quelqu’un] » (Larousse) ou encore, provenant de la même source, « faire allusion à quelque chose ». Comme si ces prisonniers innocents n’étaient qu’un sujet coup de vent, si peu importants. Il pourrait faire des efforts, après tout… ça ne doit pas être bien compliqué de discuter, autour d’un bon poulet à l’intérieur du luxueux palais de l’Elysée, des misérables gens innocents croulant dans les cachots humides, infestés de rats dans les terres persiennes…

Pourtant, c’est bien le président Macron qui adressait une critique voilée à Jean-Luc Mélenchon en qualifiant le régime du Venezuela comme une « dictature » et qu’il était inquiétant que « certains » étaient/soient complaisants avec ce régime politique. Hypocrisie ?

  • Lire le résultat de la conférence entre les deux dirigeants sur les droits humains : https://leschroniquesdejeremydaflon.wordpress.com/2018/01/05/erdogan-macron-ou-en-sont-les-droits-humains-en-turquie/

Turquie prison

Sources :

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